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Débat en France sur la déchéance de nationalité: critiques de la presse arabe

Le président François Hollande a tranché : il entend que soit inscrite dans la Constitution la possibilité de déchoir de leur nationalité des Français condamnés pour terrorisme. La presse arabe critique violemment le projet, estimant que la France pourrait y «perdre son âme».
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le président français, François Hollande, s'exprime le 16 novembre 2015 devant le Congrès réunissant à Versailles députés et sénateurs. Au cours de son allocution, prononcée trois jours après les attaques de Paris, il annonce sa volonté d'inscrire dans la Constitution la possibilité de déchoir de leur nationalité des Français condamnés pour acte de terrorisme. (REUTERS - Philippe Wojazer)
Dans ses commentaires, la presse arabe réagit très négativement à la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité pour des binationaux nés français «condamnés pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation».

«Les valeurs de la France mises à mal», titre El Moudjahid, quotidien gouvernemental algérien en français. Le pays «risque, si cette réforme est adoptée en l’état, de perdre son âme», commente-t-il. «Ceux qui s’y opposent en sont pleinement conscients. Tout comme sont conscients de son inefficacité ceux qui luttent contre le terrorisme international», poursuit le journal. Celui-ci évoque «un reniement idéologique» de François Hollande. Et de se demander : «Comment un président socialiste, qui s’était engagé durant sa campagne à accorder le ‘‘droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans’’, peut-il, à ce point, aller à contresens d’une promesse qui ne pouvait que refléter une conviction politique intime ?»

«Risques de fracture» au sein de la société française
Pour Le Quotidien d’Oran, premier quotidien francophone algérien, «en ciblant particulièrement les binationaux», l’Elysée porte «un sérieux coup à la cohésion du peuple français». Il devra ainsi assumer «les risques de fracture» au sein de la société «en distinguant une sorte de deuxième collège de Français», commente M’hammedi Bouzina Med dans un article intitulé «les démons identitaires».

A ses yeux, «l’annonce solennelle» de la déchéance de nationalité «apparaît plus comme une manœuvre politique du président français qu’une conviction que cette mesure dissuade les éventuels terroristes». Un moyen d’évacuer «en arrière-plan, le débat sur les questions économiques et sociales : chômage, pouvoir d’achat, poids de la fiscalité etc…»

El Watan insiste, lui aussi, sur «une loi qui institutionnaliserait deux catégories de Français». «Certains se (demandent) si François Hollande ne court pas après Marine Le Pen», rapporte le journal algérien. Il cite l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic qui s’interroge : «Que se passera-t-il demain si un régime autoritaire qualifie (…) des opposants de terroristes ? »  
 
«Un cadeau idéologique» au FN
A Tunis, le principal journal francophone La Presse rapporte les critiques contre le projet et estime qu’«Hollande vire à droite».

La tonalité est la même dans le journal saoudien anglophone Arab News (initialement cité par Le Monde) pour qui cette constitutionnalisation est une «attaque venue de la droite contre les idéaux français». Si la loi passe, ce sera «un cadeau idéologique fait au Front national», estime le commentateur Sabria S. Jawhrar qui dit citer «un ancien ministre français».

Pour Arab News, un changement constitutionnel «isolerait davantage la communauté musulmane», «première cible» des mesures antiterroristes. S’il est appliqué, les membres de cette communauté vivraient alors «dans la peur de perdre leur citoyenneté». Une telle mesure «renforcerait le statut de seconde zone dont souffrent de nombreux citoyens français musulmans», poursuit le quotidien. Et de conclure : la France ne doit pas céder aux pressions d’extrémistes de droite «visant à abandonner des garanties constitutionnelles» qui font d’elle un grand pays. 

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