Chute confirmée du tourisme en Tunisie comme dans d'autres pays méditerranéens

La banque centrale de Tunisie a déclaré le 31 mars 2016 que les revenus du tourisme, au cours des deux premiers mois de l'année, étaient en chute de 54% par rapport à la même période de 2015. Cette chute du tourisme, liée notamment aux attentats de 2015 au Bardo et à Sousse, frappe aussi d'autres pays du bassin méditerranéen comme l'Egypte, le Maroc ou la Turquie.

Deux policiers surveillent la plage de Sousse lors d\'une cérémonie de commémoration des victimes de l\'attentat du 26 juin, le 3 juillet 2015.
Deux policiers surveillent la plage de Sousse lors d'une cérémonie de commémoration des victimes de l'attentat du 26 juin, le 3 juillet 2015. (AFP PHOTO / FETHI BELAID)

Le tourisme est un bon indicateur des tensions géopolitiques. La Tunisie, qui a connu deux attentats sanglants en 2015 (Musée du Bardo et la plage de Sousse), en sait quelque chose. Alors que le tourisme représentait une part importante de son économie, ce secteur est aujourd'hui en panne quasi complète. 

Tunisie
Selon les chiffres officiels, la chute est brutale. Le tourisme en ce début 2016 est en recul de 54% par rapport à la même période de 2015. Lors de la saison 2009-2010, la Tunisie «attirait 900.000 touristes par an, se souvient le patron des tour-opérateurs français, René Marc Chikli, cité par Le Monde. La saison dernière, ils n’étaient plus que 200.000.»

Le sphinx et les pyramides de Gizeh, près du Caire, en Egypte (photo prise le 9 novembre 2014).
Le sphinx et les pyramides de Gizeh, près du Caire, en Egypte (photo prise le 9 novembre 2014). (REUTERS - Mohamed Abd El Ghany)

Egypte
Même causes, mêmes effets. En 2015, les revenus du tourisme ont chuté de 15% par rapport à l'année précédente, selon des statistiques officielles. Le nombre de visiteurs avait déjà baissé de près de 15 millions en 2010 à 9,3 millions cinq ans plus tard. Les attentats dans la péninsule du Sinaï (attentat contre un avion russe, notamment) et une situation politique instable, malgré ou à cause du coup d'Etat du maréchal Sissi, n'incite pas à se rendre dans le pays des pharaons. Pour le patron des voyagistes français, «C’est fini !» Les 300.000 touristes d’antan ne sont plus qu’une dizaine de milliers au pied des pyramides, affirme-t-il.

Des policiers travaillent sur les lieux de l\'attentat à Ankara le 14 mars 2016
Des policiers travaillent sur les lieux de l'attentat à Ankara le 14 mars 2016 (REUTERS - Umit Bektas)

Turquie
Le nombre d'étrangers en Turquie en février 2016 a chuté de 10,32% par rapport à la même période de 2015, a annoncé fin mars le ministère de la Culture et du Tourisme. Les récents attentats peuvent expliquer ce recul mais pas seulement. Les touristes russes ont largement déserté le pays depuis la destruction d'un bombardier russe par la chasse turque le long de la frontière syrienne en novembre. Moscou avait alors fermement recommandé à ses citoyens de bouder leurs stations balnéaires favorites du sud de la Turquie. 

Maroc
Tous les chiffres le montrent. Le royaume chérifien a aussi mal à son tourisme, alors que la situation politique est calme et que le pays n'a pas souffert d'attentats récents. En 2015, cette destination avait enregistré une baisse de 46% sur janvier-mai par rapport à la même période de 2014, selon les agents de voyages français. Un mauvais coup pour un pays dont le tourisme représente 10% du PIB.

«Globalement, tous les pays musulmans subissent le contrecoup des attentats», analyse Jean-Pierre Mas, président du Syndicat national des agents de voyage (SNAV). Une aubaine pour les destinations européennes (Grèce, Italie, Espagne...). Pourtant, essayait de relativiser le PDG de Voyageurs du Monde, Jean-François Rial, «nous devons expliquer que voyager au Maroc, en Jordanie, à Oman, en Turquie, en Tanzanie ou en Indonésie, tous pays à majorité musulmane, ne posent aucun problème particulier». Pour l'instant, les touristes n'ont pas l'air rassurés.