Tchad : l’or du Tibesti, l’autre guerre du Sahel

Idriss Déby serait parvenu à un accord avec les représentants de la population du Tibesti. Celle-ci s’oppose à l’exploitation des gisements d’or de la région. L'armée est intervenue sans réussir, malgré de lourdes pertes, à rétablir l’autorité du pouvoir central. 

Paysage du Tibesti au nord du Tchad.
Paysage du Tibesti au nord du Tchad. (D?SIR?E VON TROTHA / PICTURE ALLIANCE)

On parle de guerre de l’or. Un baril de poudre qui menace de s’enflammer. Cela se passe dans la célèbre région du Tibesti, relief montagneux au nord du Tchad, près de la frontière avec la Libye. Les habitants de Miski, une petite localité de 2 400 habitants, s’opposent à l’exploitation des gisements aurifères de la région. A leurs yeux, cela se fait hors de tout cadre légal et réglementaire de l’Etat, et serait au seul profit "du clan d’Idriss Déby", le président du pays.

La région du Tibesti est pauvre, faiblement peuplée et très peu développée. En France, on la découvre le 21 avril 1974, lorsque trois Européens sont enlevés par des rebelles. A leur tête, un certain Hissène Habré. L’affaire Claustre, du nom de l’archéologue française enlevée, durera trois ans, jusqu’à sa libération le 31 janvier 1977, grâce à l’entremise du colonel Kadhafi.

Hissène Habré prendra le pouvoir en 1982, renversant son frère d’arme de l'éthnieToubou, Goukouni Oueddei. C’est peu dire que la région du Tibesti est frondeuse. "Depuis l’indépendance du Tchad en 1960, l’Etat n’a jamais eu de véritable emprise sur ce territoire plus souvent contrôlé par des formations rebelles", explique l'International Crisis Group. Goukouni Oueddei, avec le soutien de la Libye, y mènera à son tour une guérilla qui s’achèvera en 1987.

Insurrection armée

Depuis, le Tibesti ne faisait plus les grands titres de l’actualité. Jusqu’à la découverte de l’or. Le pauvre Tibesti devient alors une région à exploiter. Le caractère Toubou ne tarde pas à se réveiller. Il est hors de question pour les habitants du Tibesti de laisser les richesses à d’autres. Car le lieu est devenu le carrefour de tous les possibles où se croisent trafiquants, orpailleurs, déserteurs et jihadistes.

"Les autorités assimilent hâtivement les orpailleurs à des complices des rébellions tchadiennes basées en Libye. Quant aux populations du Tibesti, elles soupçonnent le pouvoir de vouloir faire main basse sur leur or", écrit l’International Crisis Group.

En octobre 2018, les choses se gâtent. L’armée tchadienne est accusée de bombarder la population du Tibesti. Tous les axes du secteur sont tenus par les militaires. Un comité d’auto-défense de Miski est créé pour répondre au blocus imposé par les soldats. Son porte-parole, Moully Sougui, n’est autre que le sous-préfet de la région. Il démissionne et prend la tête de la rébellion. Après un mois d’affrontements et des dizaines de morts, l’armée se retire à une centaine de kilomètres de la localité de Miski et accentue son blocus.

Négociations

Début octobre 2019, une nouvelle offensive est lancée par les troupes tchadiennes. Mais celle-ci piétine et finalement le pouvoir de N’Djamena se résout à la négociation. Le gouvernement a mandaté des émissaires dans le Tibesti dans le plus grand secret. Il semblerait que les deux parties soient proches d’un accord. "Le comité d’autodéfense de Miski a avant tout des revendications locales et ne cherche pas à renverser Déby", explique l’International Crisis Group. Cela a sans doute facilité la discussion.

"Nous avons dépêché une délégation composée des sept membres du comité à N’Djamena pour rencontrer les hautes autorités pour discuter des questions pendantes", indique le communiqué de presse du comité d’autodéfense de Miski. "Le gouvernement tchadien s’est engagé à satisfaire nos revendications. De notre côté, nous nous engageons à observer un strict cessez-le-feu." Dans ces revendications il y avait notamment la libération de trois jeunes du Tibesti détenus par le régime, l’abrogation de l’ordonnance sur le nouveau découpage territorial et la suspension des permis d’exploitation minière dans la zone.

Le succès ou l’échec de cet accord préliminaire dépendra de la volonté du chef de l’Etat de donner suite ou non à ces demandes. L’opposition politique tchadienne doutant de la sincérité d’Idris Déby.