Soudan : Omar el-Béchir à la recherche d’une sortie de crise

Etat d’urgence revu à la baisse, nouveau gouvernement et annulation de plusieurs condamnations, le régime d’Omar el-Béchir alterne répression et assouplissement pour échapper à une aggravation de la contestation.

Le parlement soudanais approuve le 11 mars 2019 l\'instauration de l\'Etat d\'urgence pour 6 mois à compter du 22 février, au lieu d\'un an comme le réclamait le président el-Béchir.
Le parlement soudanais approuve le 11 mars 2019 l'instauration de l'Etat d'urgence pour 6 mois à compter du 22 février, au lieu d'un an comme le réclamait le président el-Béchir. (ASHRAF SHAZLY / AFP)

Le nouveau Premier ministre soudanais a dévoilé le 13 mars 2019 la liste du gouvernement qui va avoir la lourde tâche de s'atteler à la grave crise économique ayant provoqué les manifestations sans précédent demandant le départ d'Omar el-Béchir.

Troisième gouvernement en moins de deux ans

Mohamed Taher Ela a été nommé le 23 février, après la dissolution par le président du gouvernement aux niveaux fédéral et provincial, pour désamorcer la contestation en cours depuis le 19 décembre 2018.

Il s'agit du troisième gouvernement en moins de deux ans, les deux derniers ayant été limogés pour avoir failli à résorber la crise économique. Les membres du gouvernement, qui comprend 18 ministres d'Etat, devaient prêter serment le 14 mars. Ils ont pour objectif de régler les principaux problèmes, "le pain et le pétrole", a résumé le nouveau Premier ministre.

Outre la dissolution des gouvernements, Omar el-Béchir avait également imposé l'état d'urgence à l'ensemble du pays pour tenter d'obtenir la fin du mouvement là où la répression avait échoué. Toutefois, sur recommandation d’une commission parlementaire créée pour approuver le décret présidentiel, le parlement a approuvé l’instauration de l’état d’urgence pour six mois au lieu de l'année réclamée par el-Béchir.

Le compromis a été approuvé par l’assemblée, dominée par le Parti du Congrès national du président, dans un contexte de sévères critiques du régime par des organisations de défense des droits de l’Homme, qui ont dénoncé de nombreux abus de la part des autorités.

L'Etat d'urgence, même pour six mois, est une violation des droits humains

Selon Nabeel Adib, un célèbre défenseur de ces droits au Soudan, le parlement n’a pas voulu rejeter le décret présidentiel. "Il a trouvé ce compromis maintenant l’état d’urgence pour six mois." 

"Mais pour moi, six mois ou un an, ce n'est pas très différent. Cette mesure viole des droits humains qui sont garantis dans la Constitution soudanaise", a-t-il commenté.

Le ministre de la Justice Mohamed Ahmed Salim a, lui, défendu cette mesure. "Nous avons une version douce de l'état d'urgence et les gens se plaignent malgré tout", a-t-il regretté. Pour illustrer cette "version douce", une responsable de l'opposition condamnée dimanche 10 mars par un tribunal d'exception à une semaine de prison a été relâchée le 13, a annoncé un membre de sa famille.

Des peines de fouet contre neuf femmes annulées

Numéro deux du principal parti d'opposition al-Oumma dirigé par son père Sadek al-Mahdi, Mariam al-Mahdi avait été arrêtée trois jours auparavant, alors qu'elle tentait d'organiser une marche vers le parlement malgré l'état d'urgence. "La cour d'appel a ordonné la libération de Mariam et elle est maintenant à la maison", a déclaré à l'AFP sa sœur Rabah.

La veille, une cour d'appel soudanaise avait annulé la condamnation à 20 coups de fouet de neuf femmes, jugées pour avoir participé à une manifestation antigouvernementale interdite à Khartoum dans le quartier de Burri, a indiqué à l'AFP l’avocate de la défense, Enaam Atieg.

Un tribunal d'exception, instauré pour juger toute personne ayant violé l'état d'urgence décrété le 22 février par le président Omar el-Béchir, avait aussi condamné le 9 mars les neuf manifestantes à un mois de prison. "La cour d'appel a annulé les condamnations à la flagellation", a précisé l'avocate ajoutant que la cour avait également ordonné la libération immédiate des manifestantes, arguant que le temps passé en détention depuis leur arrestation était suffisant.