Restitution des îles Eparses par la France : "Nous ne nous laisserons pas faire", clament les Malgaches

Les deux parties avaient convenu d'aboutir à un accord avant le 26 juin 2020, date anniversaire de l'indépendance de Madagascar. Depuis une année, rien n'a bougé sur l'épineux dossier des îles Eparses.

Une vue aérienne de la Grande Glorieuse, l\'une des cinq îles de l\'archipel des Eparses revendiqué par Madagascar.
Une vue aérienne de la Grande Glorieuse, l'une des cinq îles de l'archipel des Eparses revendiqué par Madagascar. (SOPHIE LAUTIER / AFP)

Ce sont cinq petits bouts de terres émergées le long du canal du Mozambique qui valent de l'or. Les îles Eparses, véritable paradis écologique à la biodiversité exceptionnelle, couvrent à peine une quarantaine de km² au large de Madagascar, entre la Grande Ile de l'océan Indien et le continent africain. Le petit archipel est réputé pour ses importantes richesses en hydrocarbures. Situées sur une importante voie de navigation, ces îlots sont considérés comme hautement stratégiques pour des raisons de défense et de sécurité.

Un vieux contentieux entre Paris et Antananarivo

Depuis 1973, Madagascar ne cesse de revendiquer la restitution de ces îles administrées par la France. Une démarche tout à fait légitime, estime le journaliste Richard Labévière. "Historiquement, elle est parfaitement fondée puisque la France a sorti les îles Eparses du paquet de l'indépendance, deux jours seulement avant sa proclamation. Il est clair que devant une Cour arbitrale, il y a fort à parier que la France perdrait cette confrontation", explique notre confrère à RFI.

Jusqu'à présent, les deux parties ont évité de recourir aux instances internationales pour règler ce contentieux. Priorité a été accordée au dialogue. La rencontre à Paris en mai 2019 entre le président malgache, Andry Rajoelina, et son homologue français, Emmanuel Macron, avait permis la reprise des discussions sur l'avenir de ces îles. Une commission mixte avait été créée à cet effet, avec pour mission d'aboutir à un accord avant le 26 juin 2020, date anniversaire de l'indépendance de Madagascar. Il n'en a rien été. L'espoir suscité par cette rencontre a été balayé par la visite du chef de l'Etat français sur l'archipel contesté en octobre 2019. Ses déclarations avaient fait l'effet d'une douche froide à Madagascar.

Ici c'est la France, c'est notre fierté, notre richesse. Ce n'est pas une idée creuse... On n'est pas là pour s'amuser, mais pour bâtir l'avenir de la planèteLe président Emmanuel Macron, sur la plage de la Grande Glorieuse, le 23 octobre 2019

Dans la foulée, le chef de l'Etat français annonçait le classement d'une partie de l'archipel en réserve naturelle nationale. Pour les autorités malgaches, la coupe était pleine. Depuis, rien n'a bougé. Les délégations des deux protagonistes se sont retrouvées une seule fois, le 18 novembre 2019, et n'ont pu que constater l'existence "d'un différend sur la question de la souveraineté des îles Eparses".

"Une question d'identité nationale"

Pour les Malgaches, l'appartenance de ce petit archipel est une question d'identité nationale. "Ces îles sont l'expression du caractère tronqué de la colonisation de Madagascar", explique le président de l'Académie nationale malgache, Raymond Ranjeva, dans les colonnes du journal Le Monde. La colère gronde sur la Grande Ile où les députés se sont saisis du dossier. Désormais, le débat a été porté sur la place publique. La société civile mène une campagne de sensibilisation auprès des Malgaches. "C'est comme si quelqu'un prenait votre voiture et qu'il l'utilisait pour gagner de l'argent. Unissons nos forces et réclamons nos îles", lance le président de l'Association Devoir et Citoyen sur les antennes d'une télévision locale.

Dans cette région de l'océan Indien, la France bénéficie d'une Zone économique exclusive de près de 640 000 km². Elle est donc souveraine sur l'exploitation des importantes ressources en hydrocarbures dont regorgeraient les îles Eparses dans le canal du Mozambique. Pour les Malgaches, il n'en est pas question.

C'est sur la route du pétrole. Alors, imaginez les milliards de dollars, ça fait rêver. J'espère qu'on en aura un peuArlette Ramaroson, présidente de l'Association Nosy Malagasyà TV5Monde

Le président malgache, Andry Rajoelina tente de rassurer ses compatriotes. "Nous allons réclamer la restitution de nos droits et nous défendrons notre souveraineté sur ces îles, sur notre patrie", s'est-il engagé auprès des Malgaches.

L'option d'une gestion commune

En 1979, l'ONU avait voté une résolution non contraignante reconnaissant que les îles éparses avaient été "arbitrairement séparées" de Madagascar lors de l'indépendance proclamée en 1960. Paris n'a jamais accordé le moindre intérêt à cette résolution. Et le sujet n'a plus été débattu aux Nations unies.

Pour l'instant, l'idée de la restitution des îles Eparses à Madagascar semble exclue. Paris pencherait plutôt pour l'option d'une gestion commune. Une sorte d'agenda commun. "La France veut être un partenaire de Madagascar, plutôt qu'un rival", a déclaré le président Emmanuel Macron.