RDC : l'église kimbanguiste célèbre son centième anniversaire avec la bénédiction du pouvoir politique

En un siècle, le mouvement a abandonné ses aspirations politiques initiales. Protégé par les pouvoirs congolais successifs, il revendique aujourd'hui trente millions d'adeptes à travers le monde.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des fidèles de l'église kimbanguiste lors de la célébration de Noël, le 25 mai 2017, à Nkamba, en RDC. (JOHN WESSELS / AFP)

Elle annonce un événement exceptionnel. L'église kimbanguiste fête cette année son centenaire, symbole tout à la fois de sa longévité et de la place acquise dans la société congolaise. Son fondateur, Simon Kimbangu, est né le 24 septembre 1899 à Nkamba, dans l'actuelle province du Kongo-Central, à mi-chemin entre Kinshasa et l'océan. La guérison miraculeuse d'une femme malade est l'acte fondateur de son église. Rapidement, la foule s'est pressée pour écouter les prêches de ce nouveau guide.

La nouvelle Jérusalem

Le 5 avril 1921, Simon Kimbangu fait de sa ville natale "la nouvelle Jérusalem". Son hérésie n'ira guère plus loin, le livre saint reste la Bible. Mais pour ce nouveau prédicateur, Adam et Eve étaient noirs. Et, à l'apogée de la colonisation, il milite pour l'émancipation du peuple noir. Ce message, et quelques "miracles" supplémentaires, attirent des fidèles toujours plus nombreux, ce qui irrite profondément l'administration coloniale belge.

Poursuivi, Simon Kimbangu se rend aux autorités après seulement quelques mois de magistère. Une période suffisamment longue aux yeux des Belges, pour en faire un ennemi dangereux. Ils le condamnent à mort, peine commuée en prison à vie par le roi. Ainsi, Simon Kimbangu passera trente ans dans la prison de haute sécurité de Lubumbashi, où il mourra en 1951.

Pour l'émancipation du peuple noir

Pendant des années, l'église kimbanguiste va vivre dans la clandestinité, harcelée par le pouvoir colonial qui voit en elle un mouvement subversif. Ce n'est qu'en 1959, à la veille de l'indépendance du Congo, qu'elle sera officiellement reconnue.

Est-ce le souvenir de ses débuts dans la clandestinité ? Le premier de ses douze préceptes demande de "respecter l'autorité de l'Etat". L’église kimbanguiste s'est toujours accommodée d'une certaine reconnaissance du pouvoir. "L'église kimbanguiste collabore étroitement avec tous les pouvoirs établis. Nous sommes apolitiques", revendique auprès de l'AFP Apo Salimba, chargé de mission auprès du chef spirituel Simon Kimbangu. Un apolitisme qui lui a permis d'obtenir les bonnes grâces des pouvoirs successifs dans un Congo très agité.

Apolitisme

Soutien du maréchal Mobutu, puis des Kabila père et fils, dont elle n'a jamais dénoncé les agissements, l'église kimbanguiste se range naturellement derrière le président Félix Tshisekedi élu en 2019. En retour, elle a pu se développer à l'abri des menaces, protégée par le pouvoir en abandonnant sa dimension politique. Quand dans le même temps, les relations entre l'église catholique et le pouvoir politique se dégradaient, au fur et à mesure des atteintes aux droits humains. 

Le temple de l'église kimbanguiste dans la ville "sainte" de Nkamba, en RDC. (JOHN WESSELS / AFP)

Au fil du temps, l'église kimbanguiste a développé un syncrétisme typiquement africain qui l'éloigne peu à peu de sa source catholique, sans pour autant la renier. Le chef de l'église est désormais le petit-fils du fondateur. Simon Kimbangu Kiangani est, après son grand-père, puis son père, la réincarnation de l'Esprit saint de la Trinité chrétienne.

Noël le 25 mai

Ce chef a également des pouvoirs de guérison. Les fidèles s'agenouillent à son passage quand il foule le sol sacré de la "nouvelle Jérusalem". Le culte fait également la part belle à la musique, jouée par des fanfares tonitruantes. Et à l'image des mouvements évangéliques, la transe est aussi un moment fort des offices.

L'entorse la plus évidente au rite chrétien est d'avoir déplacé Noël au 25 mai C'est l’ancien chef spirituel de cette église, Salomon Dialungana Kiangani (le fils du fondateur), qui a affirmé que la date de son anniversaire, le 25 mai, était "la vraie date de naissance de Jésus-Christ", rapporte Radio Canada.

Le cœur de la religion réside dans la ville "sainte" de Nkamba, là où repose son fondateur. Celle-ci réclame toujours plus de moyens pour s'embellir. En son centre, un immense temple de 100 mètres de long a été bâti en 1970. Une piscine d'eau boueuse sert aux purifications. A l'occasion du centenaire, un musée retraçant la vie du fondateur sera inauguré.

Transe des dévotes lors de  l'office de Noël de l'église kimbanguiste le 25 mai 2017, à Nkamba, en RDC. (JOHN WESSELS / AFP)

L'appel aux dons, justifié par les Saintes écritures, est incessant, même si les fidèles ont souvent peu de moyens pour vivre. Même les offrandes en nature sont acceptées, y compris les animaux vivants, au nom du partage entre tous.

En un siècle, cette religion a largement essaimé, grâce notamment à la diaspora congolaise. Elle revendique une trentaine de millions de fidèles dans le monde, dont seulement dix en RDC. Nul n’est prophète en son pays !

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