Les conséquences du Covid-19 sont une épée de Damoclès pour les enfants et les adolescents africains

Outre la maladie, les effets de la pandémie sur l'enseignement, la santé mentale et physique des plus jeunes constituent une menace au long cours. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Un garçon, appuyé sur son caddie et arborant un masque, fait la queue devant un magasin Makro de Soweto, à Johannesburg (Afrique du Sud), le 24 mars 2020, au lendemain de l'annonce d'un confinement par le président sud-africain Cyril Ramaphosa. (MARCO LONGARI / AFP)

Une personne sur neuf atteinte par le Covid-19 est un enfant ou un adolescent, selon l'Unicef, "soit 11% des 25,7 millions d’infections recensées" dans près de 90 pays au 3 novembre 2020. Un chiffre qui ne reflète pas l'ampleur des conséquences de la pandémie sur les plus jeunes. "Les enfants peuvent tomber malades et transmettre le virus, mais cela ne constitue que la partie émergée de l’iceberg", a déclaré Henrietta Fore, la directrice générale de l'Unicef, à la veille de la Journée mondiale de l’enfance célébrée le 20 novembre. "Plus la crise se prolonge, plus les conséquences sur l’éducation, la santé, la nutrition et le bien-être des enfants seront graves. C’est l’avenir de toute une génération qui est menacé." Notamment sur le continent africain. 

En Afrique de l'Est et en Afrique australe, l'Unicef indiquait en août 2020 avoir déjà noté une augmentation des taux de violence contre les enfants et une réduction des taux de nutrition. "Six à sept millions d’enfants supplémentaires de moins de 5 ans souffriront d’émaciation ou de malnutrition aiguë en 2020, soit une augmentation de 14% qui se traduira par plus de 10 000 décès supplémentaires d’enfants par mois, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud", prévoit l'organisation dans son dernier rapport. 

Frappés de toutes parts 

"Nous ne devons pas nous laisser distraire par nos efforts pour contenir (la maladie) et nous retrouver avec une génération perdue", avait déjà prévenu le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique. "Selon les estimations, le nombre d’enfants dans le monde touchés par la pauvreté multidimensionnelle – qui n’ont pas accès à l’éducation, à la santé, au logement, à la nutrition, à l’assainissement ou à l’eau – a bondi de 15% à la mi-2020, ce qui représente 150 millions d’enfants supplémentaires", constate l'Unicef. 

Pour mieux les protéger, l'agence onusienne préconise de nouveau une série de mesures. Parmi lesquelles, "veiller à ce que tous les enfants suivent un enseignement, notamment en réduisant la fracture numérique". En novembre 2020, un tiers des enfants scolarisés avaient leur école fermée. L'Unicef insiste sur le fait que "les écoles ne constituent pas le principal vecteur de transmission" et que "les avantages nets de l’ouverture des écoles sont supérieurs aux coûts entraînés par leur fermeture". Avec la pandémie, l'éducation est devenue un sujet d'inquiétude pour les parents. 

Près de 40% des personnes interrogées se sont dites préoccupées par les dommages que le Covid-19 a sur cet aspect de la vie de leurs enfants dans le cadre d'une enquête menée par l'Unicef dans sept pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte, Jordanie, Syrie, Qatar) entre avril et juillet 2020. 

Coupés de l'école

Chez les enfants, l'interruption prolongée de l'enseignement concentre tous les maux liés à cette pandémie. A savoir, indique l'OMS, "mauvaise alimentation, stress, exposition accrue à la violence et à l'exploitation, grossesses (...) et difficultés générales liées au développement mental (...) en raison d'une interaction réduite liée aux fermetures d'écoles". 

L'enseignement à distance ne parvient pas totalement à résoudre le problème car "environ 30% des écoliers dans le monde" ne sont pas équipés pour ou ne peuvent pas en bénéficier. "Le taux le plus élevé d'enfants qui ne peuvent être atteints sont en Afrique subsaharienne", précise l'Unicef. Une région où les filles sont "désavantagées dans l'acquisition de compétences en TIC (Technologies de l'information et de la communication), que ce soit à l'école ou à la maison", note une étude publiée en août 2020. Au Ghana, par exemple, 16% des adolescents les possèdent contre 7% chez les adolescentes. 

De même en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la moitié des parents et des personnes qui s'occupent des enfants ont déclaré que l'enseignement à distance était inefficace, en raison du manque de ressources, de l'accès limité à l'internet, du manque de soutien de la part des adultes de la famille et des difficultés pour contacter les enseignants.

Privés des soins de base 

Toujours pour atténuer les effets de la pandémie, l'Unicef invite à "garantir à chaque enfant l’accès aux services de nutrition et de santé ainsi qu’à des vaccins abordables". Les vaccinations de routine sont en recul à cause du Covid-19. "L'impact de la pandémie sur les services de santé essentiels a été très étendu en Afrique. Les campagnes de vaccination contre la rougeole, la tuberculose, la fièvre jaune, la polio et d'autres maladies ont été reportées dans au moins 15 pays africains cette année", rappelait le bureau régional de l'OMS au début du mois de novembre. 

"Les soins ambulatoires pour les maladies infectieuses de l'enfance et les services de santé maternelle" sont également en baisse dans plusieurs pays dans le monde, selon l'Unicef. En 2019, "trois mortinaissances (naissance d’un nourrisson sans signe de vie à 28 semaines de grossesse ou plus, NDLR) sur quatre ont eu lieu en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud", indique l'OMS.

Moral en berne 

L'agence onusienne qui défend les droits des enfants plaide également pour leur protection mentale et la fin des abus et violences liées au genre. A l'instar de nombreuses situations, les risques sont décuplés pour les filles, davantage encore quand elles vivent dans la précarité.

D'après l'enquête de l'Unicef réalisée dans la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient, "plus de la moitié des personnes interrogées" ont constaté des difficultés d'ordre mental et émotionnel chez leurs enfants. De même, près de 40% des personnes contactées ont évoqué "une augmentation de l'anxiété et du stress" chez eux, "avec une prévalence plus élevée signalée par les parents d'adolescents de 13 ans ou plus". 

Le Covid-19 "vient accentuer une crise de longue durée qui touche les soins de santé mentale en Afrique", constatait début octobre le Dr Moeti. Elle recommandait aux dirigeants "d'investir de toute urgence dans les services de soins de santé mentale".

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