Les "civic tech", initiatives citoyennes sur internet et les réseaux sociaux, fleurissent en Afrique

Les "civic tech" ("civic technology"), vous connaissez ? Il s’agit d’initiatives déployées par les jeunes générations via les nouvelles technologies. L’Afrique n’est pas en reste. CFI, l’agence française de développement médias, publie une étude qui révèle quelques surprises…

Le représentant d\'une grande firme technologique américaine vérifie des applications numériques lors du lancement d\'un nouveau système d\'exploitation à Nairobi (Kenya), le 29 juillet 2015.
Le représentant d'une grande firme technologique américaine vérifie des applications numériques lors du lancement d'un nouveau système d'exploitation à Nairobi (Kenya), le 29 juillet 2015. (THOMAS MUKOYA / X90150)

"Depuis plusieurs années, l’Afrique a prouvé sa capacité à innover dans les usages numériques, sociaux ou financiers", note l’étude de CFI – agence qui dépend des ministères français de l’Europe et des Affaires étrangères. Celle-ci porte sur quatre pays : Bénin, Kenya, Sénégal, Tunisie. "La civic tech africaine s’est ainsi développée progressivement, en s’appropriant les aspirations démocratiques de la société civile africaine..."

En Tunisie, par exemple, Winou Etrottoir est un mouvement civique lancé sur les réseaux sociaux (Facebook notamment) pour dénoncer l’incivisme, l’occupation de l’espace public par des constructions anarchiques. Au Kenya, les initiateurs d’Ushahidi ont développé un système de cartes interactives utilisées dans le monde entier pour localiser des situations de crise.

Au Sénégal, Save Dakar, actif notamment à travers des comptes Twitter et Facebook, lutte contre les incivilités dans la capitale. Au Bénin, Transparencevote 229, présente notamment sur Twitter, se définit comme une plateforme de "jeunes en action pour la transparence et l’intégrité autour des processus électoraux" dans le pays.

Actions spontanées nées de la frustration des citoyens

Les premières actions en Afrique sont nées il y a une dizaine d’années avec des petits noyaux de jeunes gens âgés de 25 à 30 ans. Ceux-ci disposent en général "d’un bagage universitaire voire d’une expérience professionnelle notable".

Fait marquant cependant : la place des femmes est réduite. "Au Bénin, au Sénégal ou en Tunisie, on rencontre des femmes, certes, mais plutôt dans des projets en lien avec les questions de santé ou d’environnement." Seul le Kenya semble faire figure d’exception parmi les quatre pays étudiés.

Les initiatives "civic tech" identifiées "sont toutes spontanées", insiste le document de CFI. La motivation qui a conduit à leur lancement "relève souvent de la frustration et d’une insatisfaction devant l’écart perçu entre les discours officiels (sur la démocratie, la transparence, la lutte contre la corruption) et les réalités du terrain".

Point commun entre toutes ces initiatives : l’opportunité offerte par les nouvelles technologies aux citoyens-internautes ordinaires de prendre la parole. Et de la rendre audible.

Aujourd’hui, ceux qui en sont à l’origine entendent se professionnaliser pour amplifier la portée de leurs actions ou les inscrire dans la durée. D’où la question des moyens et du modèle économique. "Le recours au financement participatif est souvent la première piste explorée." Certains projets sont financés par des ambassades et des organisations internationales.

Politiques et fonctionnaires en décalage

Evidemment, le personnel politique des pays africains doit s’adapter. "Les contextes législatif et réglementaire conduisent à une situation contrastée entre les pays disposant d’un cadre favorable au développement des projets numériques en général et civic tech en particulier  et ceux qui ne se sont pas dotés d’un arsenal particulier dans ce domaine." 

Au Kenya, en Tunisie, au Bénin, des textes ont créé un cadre juridique. Au Sénégal, l’attitude des autorités est moins favorable. Mais dans tous les pays étudiés, on constate "que l’attitude des politiques et des fonctionnaires est souvent en décalage avec les textes." 

On note aussi que "les logiques d’ouverture et de transparence des données ne sont que rarement comprises et mises en œuvre."  Une manière de dire qu’en matière numérique aussi, la société civile est en avance sur les pouvoirs en place.