La hausse des droits d'inscription à l'université pour les étrangers ne devrait pas affecter la venue des étudiants africains

Désormais, un étudiant non-européen paiera 2 770 euros en licence au lieu de 170 et 3 770 euros en master contre de 243 précédemment. Quelles conséquences pour les étudiants africains ?

Manifestation contre la hausse des droits d\'inscription, notamment pour les étudiants non-ressortissants de l\'Espace économique européen, à Paris, le 12 mars 2019.
Manifestation contre la hausse des droits d'inscription, notamment pour les étudiants non-ressortissants de l'Espace économique européen, à Paris, le 12 mars 2019. (Amaury Cornu / Hans Lucas / Hans Lucas via AF)

Le Conseil d'Etat a donné le 1er juillet 2020 son feu vert à une hausse importante des droits d'inscription pour les étudiants étrangers, rejetant le recours de plusieurs associations étudiantes dont l'Unef. Cette décision ne devrait pas peser sur la venue des étudiants africains en France, selon l'étude d'un universitaire.

Les étudiants hors Union européenne vont voir leurs droits d'inscription à l'université portés à hauteur de 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master, contre respectivement 170 et 243 euros pour les jeunes Européens. Les doctorants en seraient, eux, exonérés. Une décision qui, selon certains experts, devrait peu peser sur la venue des étudiants africains en France.

Seule une poignée d'universités avait décidé de mettre en place dès la rentrée 2019 cette hausse des frais pour les étrangers hors Union européenne, décidée en 2018 par le gouvernement français. En octobre 2019, le Conseil constitutionnel avait pourtant consacré le principe de gratuité de l'enseignement supérieur public. Pour autant, rien ne s'oppose à ce que des droits d'inscription "modiques" soient perçus "en tenant compte, le cas échéant, des capacités financières des étudiants", avaient décidé les Sages. Restait alors à préciser l'interprétation du terme "modiques".

C'est ce qu'a fait le Conseil d'Etat, qui a précisé que "le caractère modique des frais d'inscription exigés des usagers suivant des formations dans l'enseignement supérieur public en vue de l'obtention de diplômes nationaux doit être apprécié au regard du coût de ces formations". Or, le "coût annuel moyen" d'une formation en licence, master, doctorat ou d'un titre d'ingénieur diplômé est évalué à 10 210 euros, rappelle-t-il. Soit environ trois fois le montant des droits d'inscription prévus.

Bourses et exonérations au cas par cas

Une décision qui inquiète les étudiants africains, même si des aides et "des exonérations totales" sont prévues pour les plus défavorisés. Des bourses sont attribuées chaque année et "les étudiants en mobilité internationale peuvent être éligibles à certaines d'entre elles", explique le Conseil d'Etat. Ils peuvent aussi bénéficier d'une "exonération totale ou partielle des droits d'inscription mis à leur charge".

La France attire chaque année un grand nombre d’étudiants africains. En 2019, 46% des 350 000 étudiants étrangers en France étaient originaires du continent. Le Maroc est le premier pays d'origine des étudiants étrangers (12%), suivi par l'Algérie (9%), la Chine (9%), l'Italie (4%), la Tunisie (4%) et le Sénégal (3%)... Si la France est le premier pays non-anglophone accueillant des étudiants non-européens, les étudiants étrangers en France ne représentent pourtant que 5% des 5 100 000 étudiants internationaux en mobilité dans le monde. A l'horizon 2030, le nombre de ces derniers pourrait dépasser les 10 millions d'individus.

"L'attractivité de la France ne tient pas à sa gratuité"

L’accueil des étudiants étrangers et notamment africains fait partie de la stratégie d’influence de la France (le soft power français). Selon une étude de l'universitaire Fabien Chareix, la hausse des frais d’inscription ne devrait pas nécessairement impliquer une baisse "de la mobilité des étudiants africains vers la France". Le chercheur indique que ce n'est pas la gratuité des études qui guide leur choix, mais l’excellence académique et la valeur des diplômes.

Pour preuve, les étudiants africains sont de plus en plus nombreux à choisir l'international et pas uniquement vers des pays qui leur offrent des bourses ou avec lesquels ils ont une proximité linguistique.

Avant même d’introduire des frais d’inscription plus élevés, la France accueillait moins d'étudiants africainsFabien Chareix, maître de conférence à la SorbonneEtude sur la mobilité des étudiants africains

Ce professeur à la Sorbonne explique que ce n’est pas la gratuité de l'université qui incitera les étudiants africains à ne plus regarder vers les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Arabie saoudite ou la Chine, mais bien la qualité de l'accueil, le suivi, l'orientation, la couverture sociale et l'excellence académique que la France pourra leur donner.