L'atlas mondial des trafics: 27 milliards d'euros de profits

Un rapport de 150 pages réalisé par deux ONG et des experts d’Interpol dresse la carte mondiale des trafics. Le rapport relève pas moins de 1000 routes où passent tous les trafics du monde: drogue, ressources naturelles, ou êtres humains. Une manne qui s'élèverait à 27 milliards d'euros chaque année.

Caravane chamelière au Sahara
Caravane chamelière au Sahara (PHILIPPE ROY / Aurimages)

Entre commerce, taxes, rançons en tout genre, les auteurs estiment que les revenus illicites atteindraient les 31 milliards de dollars (environ 27 milliards d’euros). Bien sûr, il ne s’agit là que d’une estimation, les trafiquants ne tenant pas tous des livres de compte.

Les organisations terroristes et les groupes armés se financent d’abord grâce aux ressources naturelles. Cela représente 38% des revenus.

Le principal trafic dans le monde concerne à la fois la vie sauvage et l’exploitation des matières premières. On pense bien sûr à l’ivoire, sûrement le plus célèbre trafic qui menace la vie animale. Mais on peut y ajouter la corne de rhinocéros ou les ormeaux!

L’exploitation minière, à la recherche d’or et de diamants, le vol de pétrole, l’exploitation forestière, etc., constituent le volet non animal du trafic des ressources.

En fait, chacun se finance selon ce qu’offre le territoire: trafic d’essence au Nigeria et en Libye. L’or et les diamants dans la région des Grands Lacs. La drogue au Maroc...
 
Justement, au second rang, l’enquête place le trafic de drogue, bien connu du grand public. La drogue assure à elle seule 28% du financement des groupes armés et mafieux. C’est de loin l’activité la plus lucrative. Dans le monde entier, le trafic rapporterait 330 millions de dollars chaque année.
 
Trafic du charbon de bois
De façon un peu inattendue, on découvre que le trafic du charbon de bois est particulièrement rémunérateur. Combustible basique, le charbon de bois est indispensable à la cuisine dans une grande partie de l’Afrique rurale. Ainsi au Sénégal, les ménages consomment à eux seuls 350.000 tonnes de charbon de bois annuellement. 

Le groupe terroriste al-Shabab, implanté en Somalie, tirerait la moitié de ses 20 millions de dollars de revenu du trafic de charbon de bois. Du producteur au consommateur, toutes les étapes de la filière sont taxées: fabricant, transporteur, détaillant. Les taxes illégales peuvent atteindre 40% de la valeur du sac de charbon.

Migrants
C’est celui qui actuellement est le plus sous les feux de la rampe. Europol et Interpol estiment que le trafic des migrants à destination de l’Europe génère chaque année entre 5 et 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires. La marge des passeurs irait de 10 à 50% selon les régions, soit un profit allant de 13 à 71 millions de dollars rien qu’en Libye.

Dans le monde, on estime que ces ressources financières permettent de rétribuer près de 100.000 combattants (96.900) au travers des sept plus importantes organisations et groupes armés. Cela finance également l’enrôlement d’un nombre incalculable de soldats de circonstance qu’il faut bien rétribuer. L’imagination des trafiquants est sans fin, leurs ressources également.

«Pour prévenir ou résoudre les conflits, il est crucial de combattre le crime organisé», estime Christian Nellemann, directeur du Norwegian center for global analyses (RHIPTO), l’une des ONG qui a travaillé sur cette étude. Souvent, les groupes criminels, certains étroitement liés aux élites politiques locales, ont intérêt à ce que la lutte armée se poursuive, afin d'assurer leur contrôle sur les ressources naturelles et les routes de trafic.