Prix Nobel de la paix au Programme alimentaire mondial : la porte-parole de l'antenne française "espère que ça relancera l'intérêt de l'opinion publique"

Tiphaine Walton estime sur franceinfo que "la faim dans le monde est malheureusement presque un sujet désuet".

Un Yéménite transporte l\'aide alimentaire du Programme alimentaire mondial.
Un Yéménite transporte l'aide alimentaire du Programme alimentaire mondial. (ESSA AHMED / AFP)

"On espère que ça relancera un regain d'intérêt de la part de l'opinion publique parce que la faim dans le monde c'est malheureusement presque un sujet désuet", a déploré ce vendredi sur franceinfo Tiphaine Walton, porte-parole de l'antenne française du Programme alimentaire mondial (PAM), lauréat du prix Nobel de la paix 2020.

Le PAM est organisation onusienne dotée d'un budget de 8 milliards de dollars. Il a distribué l'an dernier 15 milliards de rations, assisté 97 millions de personnes dans 88 pays différents. C'est la plus grande organisation humanitaire au monde. 690 millions de personnes, un habitant de la Terre sur 11, souffre aujourd'hui de sous-alimentation chronique.

franceinfo : Avez-vous été surprise par cette décision du comité Nobel ?

Tiphaine Walton : Oui, on a été assez surpris d'abord d'être dans les favoris puis de la décision qui est tombée ce vendredi. Beaucoup d'émotions et la première pensée que j'ai eue était pour mes collègues sur le terrain qui travaillent dans des conditions difficiles parfois dangereuses pour venir en aide aux 100 millions de personnes qu'on sert à travers le monde. Ça nous touche beaucoup. Ça salue le travail de l'ensemble de nos collègues sur le terrain, l'ensemble de la communauté humanitaire. Sans nos partenaires et toutes les ONG partenaires, internationales ou locales, on n'aurait pas pu avoir ce prix-là.

Comment allez-vous utiliser ce prix dans les mois à venir ?

Ce prix rappelle notre engagement dans les zones de conflits et c'est très important parce que c'est une des cause principale de la faim dans le monde. Depuis le début du siècle, on voyait les chiffres qui baissaient mais depuis ces cinq dernières années, on voit qu'ils remontent. Ce qui est extrêmement inquiétant. On espère que ça relancera un regain d'intérêt de la part de l'opinion publique, parce que la faim dans le monde c'est malheureusement presque un sujet désuet. On espère aussi une mobilisation politique accrue, un soutien de la part de nos bailleurs et puis rappeler aussi qu'au coeur du droit humanitaire il y a le fait que les humanitaires doivent pouvoir faire leur travail en toute sécurité. On doit pouvoir accéder aux zones de conflits pour aider ceux qui souffrent parce que presque deux tiers de nos bénéficiaires sont dans des zones de conflits.

Comment expliquez-vous qu'avec la crise sanitaire, la famine s'aggrave ?

En raison de la crise économique et des retards qu'il y a pu avoir aux frontières - car il fallait tout de même que les marchandises puissent circuler au moment de la crise - ça a compliqué les choses. Il y a beaucoup de gens qui vivent d'une forme d'économie informelle et c'est évidemment compliqué pour eux quand il y a des mesures de couvre-feux et de confinement. Ces personnes-là vont être beaucoup plus vulnérables et sans protection sociale, elles risquent de retomber plus facilement dans la pauvreté et dans la faim. Les chiffres ont été annoncés et ils font froid dans le dos : on estime qu'il risque d'y avoir plus de morts des suites de la crise économique dû au Covid-19 que de la maladie en elle-même. Enfin, on se rend compte que la faim engendre les conflits et les conflits engendrent la faim. La sécurité alimentaire peut donc contribuer à créer un climat de paix, une sorte de stabilité et de cohésion sociale.