Coronavirus en Afrique : mobilisation des artisans locaux pour la fabrication des masques de protection

Faute de production industrielle, des initiatives fleurissent à travers le continent pour produire "des masques alternatifs" en grande quantité. .

Le créateur de mode ivoirien Roger Bango présente un masque de fabrication artisanale réalisé dans son atelier à Abidjan, le 9 avril 2020.
Le créateur de mode ivoirien Roger Bango présente un masque de fabrication artisanale réalisé dans son atelier à Abidjan, le 9 avril 2020. (ISSOUF SANOGO / AFP)

La campagne pour le port du masque obligatoire est désormais engagée à travers toute l'Afrique. D'autant plus que certains pays commencent à assouplir les mesures de confinement imposées aux populations. Chacun est prié de se protéger dans la rue et dans tous les lieux publics avec les moyens du bord.

"Si vous n'avez pas de masques, vous pouvez utiliser une écharpe pour couvrir votre bouche et votre nez. Vous pouvez aussi utiliser un tee-shirt", conseille à ses compatriotes, la ministre sud-africaine des Affaires traditionnelles, Madame Nkosazana Dlamini-Zuma. Le port du masque sera obligatoire en Afrique du Sud à partir du 1er mai.

Comme dans plusieurs pays africains, les artisans sud-africains se sont déjà mis à la tâche. Des ateliers de confection travaillent sans relâche pour fabriquer des masques réutilisables destinés aux soignants, comme au grand public. Dans les bidonvilles d'Alexandra, aux portes de Johannesburg, les habitants se protègent déjà avec des masques alternatifs faits maison.

Des salons transformés en ateliers de couture

Au Niger, certains tailleurs ont transformé leurs salons en ateliers de couture. C'est le cas de Madame Soumaila, une habitante de la banlieue de Niamey. Après avoir cousu quelques masques en tissus pour elle et ses proches, elle a décidé d'en fabriquer davantage pour ses compatriotes qui en ont grand besoin.

"J'ai d'abord essayé de faire pour moi-même, puis pour ma famille. Maintenant, j'en fais pour donner aux gens", explique-t-elle à Medi 1 TV Afrique

Des masques de fabrication artisanale comme celui-ci sont proposés à la vente ou distribués gratuitement dans les villes africaines.
Des masques de fabrication artisanale comme celui-ci sont proposés à la vente ou distribués gratuitement dans les villes africaines. (AFP Photos/ISAAC LAWRENCE)

Rares sont les pays africains qui, à l'instar du Maroc, se sont lancés dans la production industrielle de masques. Aussi, les artisans locaux rivalisent d'inventivité pour apporter leur petite pierre à la lutte contre la pandémie du coronavirus.

Des masques faits maison en "Faso-Dan Fani"

Au Burkina Faso, de nombreux couturiers se sont reconvertis dans la confection de masques en "Faso-Dan Fani", un tissu emblématiqu burkinabè, mais aussi en cotonade produite localement et en pagnes ordinaires. Ils sont vendus avec un mode d'emploi et peuvent bénéficier d'une subvention accordée par l'Etat pour les rendre accessible à tous.

Campagne citoyenne "Un Sénégalais, un masque"

Au Sénégal, des citoyens se sont mobilisés pour lancer une campagne baptisée Un Sénégalais, un masque. Elle vise à encourager les artisans locaux à confectionner des masques pour la population sénégalaise.

Votre atelier est fermé ? Rejoignez-nous dans la confection de masques. Nous fournissons la matière première déjà découpée. Vous ne ferez que le montage.Post de la campagne reproduit par le journal la Nouvelle Tribune

Il y aurait aujourd'hui 300 000 tailleurs sur l'ensemble du territoire sénégalais. Autant dire qu'ils ne vont pas chômer étant donné la demande importante de masques pour se protéger contre le Covid-19. Des masques alternatifs, gratuits ou payants, auxquels certains fabricants sénégalais ajoutent leur petite touche. C'est ainsi que des marabouts célèbres ont vu leurs effigies orner les masques en vente dans les rues de Dakar, rapporte le site Afrikmag.

Ils se vendent comme des petits pains

Au Gabon, où les autorités ont décidé d'assouplir les mesures de confinement dans la capitale Libreville, le port du masque est obligatoire depuis le 15 avril. Là aussi, le masque alternatif en tissu est de mise. De nombreux ateliers produisent des masques en toile de pagne qui se vendent comme des petits pains.

"On utilise du coton, du polyester avec à l'intérieur de la popeline pour filtrer et faire un effet barrière contre la propagation du virus", explique à RFI  Brigitte Nsie Nami, patronne d'un atelier de création à Libreville. Des créateurs africains se sont mobilisés partout en Afrique pour aider leurs compatriotes à se protéger contre la pandémie. Au Nigeria, plusieurs maisons de mode consultent des médecins pour se faire conseiller et être conformes, puis se procurent du matériel pour fabriquer des masques.

Les artisans en appellent à l'aide des autorités sanitaires

A Ouagadougou, un artisan burkinabè reconnaît que ses masques n'ont obtenu aucune homologation, mais qu'il les stérilise comme il peut "avec une machine à 360°" avant de les mettre sur le marché. Il souhaiterait que les autorités sanitaires approchent les différents fabricants pour leur donner des indications à suivre "pour fabriquer des masques corrects et pour faciliter l'approvisionnement des populations". Un souhait qu'il partage sans aucun doute avec des milliers d'autres artisans à travers le continent.