Coronavirus au Bénin : ruée vers les masques, devenus obligatoires, à Cotonou

Dans la plupart des pharmacies, où les masques sont subventionnés à 200 francs CFA l'unité (0,3 euro), il y avait déjà pénurie. Reportage AFP. 

Des habitants de Cotonou avec des masques de protection, le 8 avril 2020. 
Des habitants de Cotonou avec des masques de protection, le 8 avril 2020.  (YANICK FOLLY / AFP)

Les habitants de Cotonou, la capitale économique du Bénin, se sont rués dans les pharmacies mercredi 8 avril pour acheter des masques de protection contre le coronavirus rendus obligatoires la veille, provoquant des pénuries dès le premier jour.

Le gouvernement avait décidé mardi d'obliger les Béninois à porter le masque "en tous lieux : dans l'administration publique comme privée, dans les réunions, les rencontres dans les marchés, les magasins, les boutiques...". 

Résultat dès le lendemain, la plupart des usagers croisés à Cotonou respectaient scrupuleusement la consigne, certains portant même leur masque au volant de leur voiture.

Débrouille

Les masques fabriqués artisanalement avec des tissus colorés (pagnes) prédominaient dans les rues de la ville où l'activité économique continue en l'absence de mesure de confinement. 

Dans la plupart des pharmacies, où les masques sont subventionnés à 200 francs CFA l'unité (0,3 euro), il y avait déjà pénurie et en milieu de journée, il était devenu quasi-impossible d'en trouver, bien que chaque client n'ait droit qu'à deux masques.

Chaque pharmacie a droit à un lot de mille masques (...) Hier nous en avons reçu mille qui sont partis en moins de quatre heures, donc nous attendons d'avoir de nouveaux stocksPoirot Affama, pharmacienà l'AFP

Le ministère de la Sécurité a appelé dans un communiqué les forces de l'ordre à "multiplier les patrouilles" pour faire respecter la mesure et "interpeller tout contrevenant", sans toutefois préciser les sanctions prévues à leur égard.

La police, déployée sur les principaux carrefours de la ville, interpellait les passants pour les emmener au poste et saisissait les motos des conducteurs de deux-roues sans masque.

"Infecté par le corona"

Pour Franck Kpotchémè, conducteur de moto-taxi, même 200 francs CFA représentent une somme importante.  

Il faut avoir de solides moyens pour s'y hasarder. En une semaine, à raison d'un masque par jour, c'est un budget d'environ 2 000 francsFranck Kpotchémè, conducteur de moto-taxià l'AFP

"Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités en rendant les masques disponibles", s'insurgeait, furieux, un autre usager, Edouard Gbeha, après avoir lui aussi écumé les officines sans succès. "Je suis obligé d'en acheter au bord de la route. Mais c'est sans garantie parce que les bonnes dames touchent les masques et les traînent à longueur de journée", a-t-il dit en référence aux commerçantes qui les fabriquent elles-même.

D'autres, comme Léa Wangré, une étudiante, se montraient sceptiques quant à l'origine et à la qualité des masques, effrayés par toutes les rumeurs qui circulent sur Internet.

J'ai préféré prendre celui vendu au bord de la voie parce que celui vendu en pharmacie vient de l'extérieur et j'ai lu sur les réseaux sociaux qu'il est infecté par le coronaLéa Wangré, étudiante à l'AFP

Cordon sanitaire

Le Bénin compte pour l'instant 26 cas confirmés et un décès. Les autorités  ont créé la semaine dernière un "cordon sanitaire" autour de 12 communes du sud du pays dont la capitale économique Cotonou pour les isoler du reste du pays et limiter la propagation du virus. 

Alors que le port du masque de protection est très utilisé en Asie et de manières diverses en Europe qui en manque après avoir cessé de les produire localement comme en France ces dernières années, très peu de pays africains ont jusque-là introduit ce type de mesures.

La Côte d'Ivoire en a recommandé l'usage le week-end dernier, mais sans l'imposer. Et le Maroc vient de rendre obligatoire son port dans les lieux publics. Pour pallier la pénurie de masques, même les grands noms de la mode béninoise se sont mis à en fabriquer, à l'instar d'Andoche Amoussou, créateur de la marque Lolo Andoche.

Nous avons mis en veilleuse toutes les autres commandes pour donner priorité à la fabrication des masques depuis une semaine. De nombreuses entreprises ont passé des commandesAndoche Amoussou, créateur de modeà l'AFP

Le créateur doit livrer plusieurs milliers de masques dans les prochaines 72 heures, et, pour tenir la cadence de production, a même embauché de la main d'œuvre supplémentaire.