CAN 2019 : pourquoi les stades de foot égyptiens sont-ils désespérément vides?

L’Egypte, pays hôte, éliminée... La Coupe d’Afrique des Nations 2019 est orpheline de ses rares spectateurs. La compétition continue, dans des stades vides. Passionnante pourtant, avec, entre autres, la Tunisie et l’Algérie qualifiées pour les quarts de finale.

Derrière l\'équipe de Tunisie, les gradins vides du stade d\'Ismaïlia en Egypte, le 8 juillet 2019.
Derrière l'équipe de Tunisie, les gradins vides du stade d'Ismaïlia en Egypte, le 8 juillet 2019. (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Beaux matches et jolies surprises dans cette CAN 2019, qui se déroule en Egypte. Mais hélas, le public est absent des stades. Dommage pour l’ambiance. Comment en est-on arrivé là dans un pays où l'on adore le foot ? Tentative d’explication. 

Distance entre l'Egypte et les autres pays, prix des billets, changement du pays organisateur, mesures sécuritaires... tout s'est cumulé pour rendre les stades vides. Un phénomène, assez classique lors des CAN, aggravé ici par la défaite du pays organisateur.

1000 spectateurs dans un stade de 74 000 places

"Tout était pourtant bien parti lors du match d’ouverture ayant opposé l’Egypte, pays organisateur, au Zimbabwe. Les travées du Stade du Caire (plus de 70 000 places) étaient bondées et la rencontre s’est déroulée à guichets fermés. Mais 24h plus tard, lors du match Ouganda-RDC, tout a basculé dans le dérisoire : à peine 1000 supporters et quelques vuvuzelas miaulaient dans une enceinte de 74 000 places", raconte un témoin désabusé. Il est vrai que les chiffres sont désespérants : "Il n’est pas rare d’assister à des matches dont l’affluence dépasse à peine les 4000 spectateurs." 

Outre le triste Ouganda-RDC, ce type de chiffres est fréquent. "On se souvient notamment des 3192 spectateurs ayant assisté au match Nigeria-Burundi ou encore des 4364 fans ayant fait le déplacement pour Zimbabwe-Togo", note la Nouvelle Tribune Info.   

L'Egypte n'a pas l'exclusivité des stades vides. "Il y a deux ans, le pays hôte, le Gabon, avait réussi à sauver les apparences en distribuant de façon massive des billets gratuits, mais certains matches s'étaient disputés devant moins de 2000 spectateurs en phase de groupes (1800 pour un Tunisie-Zimbabwe, par exemple). Le taux de remplissage des stades pour les CAN se situe en général bien en dessous de 50%. A titre de comparaison, il vient d'atteindre 74% pour le Mondial féminin en France", selon Le Figaro. 

Une des raisons avancées pour expliquer ces stades vides, qui gâchent un peu la fête, pourrait résider dans le fait que la compétition n’a atterri en Egypte que très tardivement. Au départ "il était question que le Cameroun organise cette CAN. Les supporters des différents pays voisins se sont alors organisés pour faire le voyage afin de soutenir leurs équipes, mais grande fut leur surprise en apprenant la décision de la CAF, ce qui a fini par les dissuader en raison des coûts supplémentaires, notamment quand il s’agit de se déplacer en Afrique du nord", a indiqué à l’APS Ibrahima Baldé, journaliste sénégalais au journal Sud Quotidien. 

Pourtant, côté Egyptien, on vantait déjà le succès populaire, "la demande dépassait toutes les attentes, ce qui témoigne de la volonté des Egyptiens d'assister au championnat", affirmait au Daily News fin mai le responsable de la vente des billets. 

Des supporters sous haute surveillance policière

Un autre argument peut expliquer ces stades déserts. En Egypte, les supporters de foot sont considérés souvent comme dangereux par le pouvoir en place. Il est vrai que nombre d'entre eux ont participé à la révolution. Alors, depuis, les ultras sont sous étroite surveillance. Comme le rapporte Le Point, "seuls les supporteurs dotés d'un Fan ID,  document officiel permettant leur identification rapide, sont en mesure d'acheter des billets".

Et au pays de Sissi, la police est partout. "De nombreux fans ont rapporté que des agents de sécurité en civil surveillent les gestes politiques, notamment les chants de Mohamed Aboutrika, un ancien attaquant populaire de l'équipe nationale que le gouvernement accuse de soutenir les Frères Musulmans, illégaux, et qui vit maintenant en exil auto-imposé au Qatar. Au cours d'un match, un journaliste a vu des policiers en civil arrêter des supporters qui scandaient en faveur d'Aboutrika à la minute 22 – une référence au numéro de maillot de l'attaquant", rapporte le site de la télé publique allemande tourné vers le monde arabe.

"Ramener des enfants, des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite"

Enfin, dernier argument pour expliquer l'absence de spectateurs dans les stades de la CAN 2019 depuis l'élimination de l'équipe égyptienne, "les prix des billets jugés prohibitifs allant de 100 à 500 livres égyptiennes (27 euros). La grille tarifaire avait provoqué la colère des supporters locaux et étrangers", affirme Sport24.

On a vu que lors de la CAN précédente, les billets avaient été distribués pour remplir les stades. La solution pourrait être reprise. "Nous avons discuté avec le comité d’organisation (LOC) de la problématique d’avoir des stades plus ou moins remplis. Je sais que le LOC est en contact avec certaines associations caritatives pour qu’elles puissent ramener des enfants, des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite pour pouvoir assister à des rencontres", a déclaré le Marocain Mouad Hajji, patron de la CAF (Confédération africaine de Football).