Les Seychelles emploient les grands moyens pour lutter contre l'héroïne

10% de la population active est accro à cette drogue dure dans l'archipel.

Peggie Richemond, toxicomane de 43 ans qui essaie de décrocher de l\'héroïne avec la méthadone, en consultation avec le médecin cubain Ivan Rodriguez Ramos dans l\'île de Mahé, aux Seychelles, le 19 novembre 2019.
Peggie Richemond, toxicomane de 43 ans qui essaie de décrocher de l'héroïne avec la méthadone, en consultation avec le médecin cubain Ivan Rodriguez Ramos dans l'île de Mahé, aux Seychelles, le 19 novembre 2019. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

L'archipel des Seychelles est surtout connu pour ses plages magnifiques et son tourisme de luxe. Mais les îles paradisiaques de l'océan Indien le sont beaucoup moins pour le nombre de leurs toxicomanes. Arrivée dans le pays dans les années 2010, avec l'émergence de nouvelles routes par l'Afrique de l'Est, l'héroïne y fait des ravages : 5% des 95 000 habitants sont héroïnomanes, soit près de 10% de la population active (0,4% de la population mondiale consommait des opiacées en 2016, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime). Paradoxe, dans le seul pays africain considéré à "haut revenu" par la Banque mondiale, 40% de la population vivait en 2015 sous le seuil de pauvreté, précise l'AFP. 

"Nous avons confondu les trafiquants avec leurs victimes"

"En 2011, nous nous sommes rendu compte que 1 200 personnes utilisaient de l'héroïne et nous avons adopté une approche punitive", explique à l'AFP le directeur de l'Agence pour la prévention des abus liés à la drogue et la réhabilitation (APDAR), créée en 2017. Mais cette année-là, le nombre d'héroïnomanes est passé à 5 000. "Nous avons confondu les trafiquants avec leurs victimes", déclare Patrick Herminie. C'est pourquoi à cette période, les autorités ont changé de politique faisant de l'addiction à l'héroïne une priorité de santé publique qu'il faut traiter comme une maladie. Un programme de distribution gratuite de méthadone couplé à un suivi médical a alors été lancé. 

Le problème a pris cette ampleur parce que nous avons réagi trop tardPatrick Herminie, directeur de l'APDARà l'AFP

Pour 2020, le budget de l'Etat consacré aux addictions aux drogues a ainsi atteint 75 millions de roupies seychelloises (5 millions d'euros), dix fois celui de 2016. Et à l'APDAR, 75 personnes sont mobilisées, soit quatre fois plus qu'avant. 

Graham Moustache, 29 ans, fait partie des personnes que la méthadone, médicament de substitution à l'héroïne, a aidées à décrocher. Il vit aux Mamelles, une localité de Mahé, la plus grande île des Seychelles. Aujourd'hui "clean" depuis "plus d'un an", il a "trouvé un emploi comme pêcheur". Comme des dizaines d'autres personnes, il attend sa dose quotidienne distribuée dans le cadre d'un programme gouvernemental.

J'ai quatre frères et deux sœurs, nous avons tous été héroïnomanes à un momentGraham Moustacheà l'AFP

Depuis que quelque 2 500 héroïnomanes participent au programme méthadone de l'APDAR, les indicateurs liés à la consommation d'héroïne se sont améliorés : la criminalité a baissé de 45%, le nombre annuel de cas d'hépatite C de 60% et le chômage chez les jeunes est passé de 6,5 à 2,1%. Pour autant, aux Mamelles, le combat contre l'addiction continue, d'autant plus que pour concurrencer la méthadone distribuée gratuitement, les dealers ont baissé le prix de la dose d'héroïne.