Le coronavirus, nouveau cheval de bataille du groupe de rap sénégalais "Y'en a marre"

Créé en 2011 par des journalistes et des musiciens pour contester le pouvoir en place, le collectif sénégalais militant "Y'en a marre" est aussi un groupe de rap, aujourd'hui mobilisé à 100% contre la propagation du Covid-19.

Malal Tall, alias Fou malade (en tee-shirt rouge), l\'un des leaders du collectif sénégalais \"Y en a marre\", au moment du lancement du mouvement en juin 2011.
Malal Tall, alias Fou malade (en tee-shirt rouge), l'un des leaders du collectif sénégalais "Y en a marre", au moment du lancement du mouvement en juin 2011. (SEYLLOU / AFP)

Laissant derrière lui son combat de toujours contre l'injustice sociale, contre le pouvoir et la corruption, le groupe sénégalais de rap "Y'en a Marre" est aujourd'hui entièrement engagé dans la prévention du coronavirus ... aux côtés du ministère de la Santé. Vêtus de combinaisons médicales et de lunettes de protection, les musiciens et chanteurs rappent sur le lavage des mains, l'élimination des mouchoirs en papier et l'évitement des foules dans un clip en wolof intitulé Fagaru Ci Corona (Se protéger contre le coronavirus en français)

Empêcher le Covid-19 de se propager

Le collectif "Y'en a marre", créé en 2011, assume la rupture avec son traditionnel discours de défi à l'autorité qui exhorte la jeunesse sénégalaise à descendre dans la rue pour protester contre le gouvernement. Car l'heure est grave. Lorsque plusieurs pays africains confirment leurs premiers cas de coronavirus en mars 2020, le groupe propose au gouvernement de l'aider à convaincre la population de prendre la maladie au sérieux. Un seul objectif les anime : empêcher le Covid-19 de se propager en Afrique comme il l'a déjà fait en Chine, en Europe et en Amérique, tuant des milliers de personnes.

"Dès que nous avons vu que les choses allaient de mal en pis, nous sommes allés voir le ministère de la Santé", explique le rappeur Malal Tall, alias Fou malade, au siège du groupe dans la banlieue surpeuplée de Dakar, Guediawaye, où ils travaillent pour soutenir les jeunes défavorisés, "nous voulions contribuer comme nous le pouvions."

"La prévention vaut mieux que le traitement"

Le 23 mars, le Sénégal décrète l'état d'urgence et impose un couvre-feu en réponse à la pandémie. Depuis, le pays a recensé une centaine cas, ce qui en fait le deuxième pays le plus touché d'Afrique de l'Ouest derrière le Burkina Faso.

Après avoir approuvé la chanson de "Y'en a Marre", le ministère de la Santé autorise le groupe à filmer sa vidéo à l'hôpital Fann, l'un des principaux hôpitaux de Dakar. Le temps de l'enregistrement, les musiciens se font passer pour des techniciens de laboratoire, examinant des tubes à essai et scrutant les microscopes.

"La prévention vaut mieux que le traitement. Le monde est en détresse", entonne le chœur, avec un accompagnement pincé donnant une touche typiquement ouest-africaine.

La musique a un rôle vital

La vidéo a attiré des milliers de vues et de likes sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas la première fois que des musiciens et chanteurs africains sensibilisent le public à des sujets de santé publique. Ainsi, en 2014, un poids lourd de la musique tel que Salif Keita s'est joint à d'autres pour sortir Africa Stop Ebola face à l'épidémie qui a fait plus de 11 300 morts.

Dans sa cour recouverte de peintures murales représentant des icônes noires comme Nelson Mandela et Angela Davis, Talla affirme que la musique a un rôle vital à jouer : "En Afrique, la musique n'est pas l'art de combiner les sons (...) ce n'est pas seulement pour danser et sauter, c'est aussi un moyen de sensibiliser avec joie."