Tunisie : un ex-ministre des Finances, Elyes Fakhfakh, désigné Premier ministre par le président Kaïs Saïed

Plus de trois mois après les élections, il s'agit de la deuxième tentative pour former un gouvernement en Tunisie.

Le Premier ministre désigné, Elyes Fakhfakh, à Tunis le 20 janvier 2020
Le Premier ministre désigné, Elyes Fakhfakh, à Tunis le 20 janvier 2020 (HAMMI / SIPA)

L'ancien ministre tunisien des Finances Elyes Fakhfakh a été désigné, le 20 janvier 2019, chef du gouvernement par le président Kaïs Saïed. Selon l'article 89 de la Constitution tunisienne, il doit former une équipe ministérielle "dans un délai maximum d'un mois". Un communiqué de la présidence de la République indique que cette opération doit intervenir "dans les plus brefs délais". Ensuite, le nouveau Premier ministre devra obtenir la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), le Parlement. Une mission ardue dans la mesure où l'ARP est très morcelée. Arrivé en tête à l'issue des législatives d'octobre, le parti d'inspiration islamiste Ennahdha ne possède que 52 sièges sur 217, donc bien loin de la majorité.

Conséquence : trois mois et demi après les élections, il s'agit de la deuxième tentative pour former un gouvernement. Un premier cabinet, formé sous la houlette d'Ennahdha et dirigé par Habib Jemli, avait été nettement et sèchement rejeté par les députés le 10 janvier par 134 voix.

En attendant, les affaires courantes sont gérées par le gouvernement sortant, dirigé par le Premier ministre Youssef Chahed, en place depuis 2016.

"Le dernier mot"...

Aujourd'hui, l'ARP est toujours aussi morcellée. Un second échec n'est donc pas à exclure. Que peut-il alors se passer ? "Si dans les quatre mois suivant la première désignation les membres de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont pas accordé la confiance au gouvernement, le président de la République peut dissoudre l’Assemblée des représentants du peuple et convoquer de nouvelles élections législatives", répond la Constitution. En clair, le pays s'acheminerait vers de nouvelles législatives. Ce qui repousserait encore les réformes attendues pour relancer une économie très mal en point. 

En attendant, comme son prédécesseur, Elyes Fakhfakh va tenter de très ardues négociations avec les partis politiques pour former une équipe ministérielle. "Un important nombre de députés ont suggéré le nom du chef de gouvernement, et de ce fait le dernier mot revient seul à l’ARP lors de la présentation de tous les membres du gouvernement devant la séance plénière du Parlement", fait valoir le communiqué du président Saïed, cité par le journal La Presse. Une manière de placer les députés devant leurs propres responsabilités.

Le président Kaïs Saïed (à gauche) salue le Premier ministre désigné,  Elyes Fakhfakh, à Tunis le 20 janvier 2020.
Le président Kaïs Saïed (à gauche) salue le Premier ministre désigné,  Elyes Fakhfakh, à Tunis le 20 janvier 2020. (HAMMI/SIPA)

Qui est Elyes Fakhfakh ?

Diplômé de l'Ecole d'ingénieurs de Sfax, le nouveau chef du gouvernement est titulaire d'un master à l'Institut national des sciences appliquées de Lyon et d'un master en management obtenu à Paris, précise le site webmanager.

Elyes Fakhfakh, 47 ans, a été élu député dans l'Assemblée constituante d'octobre 2011 comme membre d'Ettakatol, parti officiellement social-démocrate et affilié à l'International socialiste. La formation avait alors appartenu à la "troïka", coalition formée avec Ennahdha et le CPR (Congrès pour la République de l'ancien président Moncef Marzouki), au pouvoir entre 2011 et 2014. 

Auparavant, il avait travaillé dans le privé en France et en Pologne, à des postes de direction de la société Hutchinson (filiale du groupe Total, secteur du caoutchouc). Rentré en 2006 en Tunisie, il dirige alors le groupe automobile tunisien Cortel, devenu Caveo.

En 2011, il s'engage donc en politique. Il est nommé ministre du Tourisme avant de devenir en décembre 2012 ministre des Finances jusqu'en janvier 2014. Ayant repris sa liberté, il fonde "une société spécialisée dans le consulting, le financement des projets d’infrastructure et de valorisation des déchets" pour l’Afrique du Nord, rapporte webmanager. 

La nomination d'un ancien ministre des Finances, ayant longuement travaillé dans le privé, "doté d'une longue expérience internationale dans de grands groupes", selon les mots du site businessnews, indique clairement la priorité du président tunisien : celle de relancer le plus vite possible une économie en panne dans un pays très endetté, tout en gardant la confiance des milieux d'affaires internationaux. Le chef du gouvernement "présente un profil de gestionnaire et de technocrate soucieux de réformer l'administration publique (...) et de lever les obstacles pour libérer les capacités de production des Tunisiens. D'où son slogan de campagne : 'Changer de logiciel'", observe le site kapitalis.com. Un slogan qui n'avait guère convaincu vu le résultat du scrutin... Est-il"'l'oiseau rare' qu'on attend avec impatience", pour reprendre l'éditorial de La Presse ?