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Tanzanie : John Magufuli et son parti le CCM manœuvrent pour rester "au pouvoir pour toujours"

Le parlement est désormais tenu par un régime qui étouffe toute contestation. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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Le président tanzanien John Magufuli assiste aux obsèques de l'ancien chef d'Etat Benjamin Mkapa, le 29 juillet 2020, à Lupaso, dans le sud de la Tanzanie.  (STR / AFP)

Le président tanzanien John Magufuli, réélu le 28 octobre 2020 avec un score écrasant, est en passe d'annihiler toute l’opposition, comme un premier pas vers l'instauration d'un pouvoir inamovible et sans partage. Un projet qu'il ne cache plus.   

En 2018, le dirigeant tanzanien, surnommé le "Bulldozer", avait déclaré publiquement que le CCM –  le Parti de la révolution qui dirige la Tanzanie depuis l'indépendance, serait "au pouvoir pour toujours, pour l'éternité".

Un parlement acquis au régime

La réélection de John Magufuli, 61 ans, s'est doublée d'un raz-de-marée de sa formation aux législatives. Le parti a raflé 97% des 264 sièges en jeu au parlement et, de façon surprenante, plusieurs circonscriptions historiquement acquises à l'opposition ont vu le candidat du CCM l'emporter.

L'ampleur de la victoire a choqué de nombreux observateurs de la politique tanzanienne, certains y voyant une volonté de se débarrasser complètement de l'opposition parlementaire. "Je m'attendais à ce que l'opposition emporte près de la moitié des sièges parlementaires cette fois-ci, mais ce qui s'est passé est assez étrange. Nous sommes presque en train de revenir à un système de parti unique", explique à l'AFP l'universitaire tanzanienne Gaudence Mpangala, de l'Université catholique de Ruaha (Sud).

Les scores écrasants du CCM et du président John Magufuli aux élections générales constituent pour beaucoup une preuve tangible de cette démarche. Le chef de l'Etat a remporté la présidentielle avec 84,39% des voix, soit le score le plus élevé depuis les premières élections multipartites en 1995.

L'opposition a rapidement dénoncé une parodie d'élection et des fraudes massives. Le Chadema, principal parti d’opposition, et l’ACT-Wazalendo ont ainsi rejeté en bloc les résultats des différents scrutins. La législation ne leur permettant pas de contester en justice le résultat de la présidentielle, dont ils ont demandé la réorganisation, les opposants avaient appelé à manifester pacifiquement à compter du 2 novembre 2020.

Des opposants harcelés

La réponse du pouvoir ne s'est pas fait attendre : plusieurs responsables du Chadema ont été arrêtés dès le 1er novembre pour avoir appelé à ces manifestations déclarées "illégales" et visant "à générer de la violence", selon la police. Ils ont finalement tous été libérés le 3 novembre.

Parmi les figures de l'opposition interpellées, Tundu Lissu, candidat malheureux du Chadema à la présidentielle (13,03% des voix). Il avait été libéré sous caution dès le 2 novembre, après deux heures d'interrogatoire. La police a indiqué avoir transmis son dossier au Parquet en vue de poursuites judiciaires. "Le président du Chadema Freeman Mbowe et les membres du comité central Godbless Lema et Boniface Jacob ont été libérés sous caution" mardi 3 novembre, a annoncé le Chadema sur son compte Twitter.

Un autre chef de l'opposition, Zitto Kabwe, à la tête du parti ACT-Wazalendo, a également été arrêté le 3 novembre, alors qu'il rendait visite à Freeman Mbowe dans un commissariat de la capitale économique Dar es Salaam. Il a été ensuite remis en liberté sous caution, a indiqué sur Twitter le secrétaire général du Chadema John Mnyika. Dans un communiqué publié la veille, Zitto Kabwe avait appelé à la formation d'un panel de leaders africains afin qu'ils enquêtent sur les "irrégularités de grande ampleur" qui ont émaillé, selon lui, les élections. 

Après cette vague d'arrestations, aucun rassemblement de l'opposition n'a été signalé en Tanzanie, un pays qui rassemble quelque 58 millions d'habitants. Le premier mandat de John Magufuli, élu en 2015, a été caractérisé par un net recul des libertés fondamentales et une multiplication des attaques contre l'opposition, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Dans la soirée du 3 novembre, l'ambassadeur américain en Tanzanie Donald Wright a salué la libération des dirigeants de l'opposition. "Maintenant, John Magufuli devrait prendre de nouvelles mesures pour apaiser les tensions et restaurer la foi en la démocratie tanzanienne. Libérez tous les prisonniers politiques, enquêtez sur les irrégularités des élections et rétablissez internet", a-t-il écrit sur Twitter.

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