Soudan : le mouvement de contestation contre le pouvoir gagne les journalistes

Alors que la contestation sociale touche depuis une semaine plusieurs villes, dont Khartoum, et que des manifestants réclament la "chute du régime" du président Omar el-Béchir, des journalistes soudanais se sont mis en grève durant trois jours pour dénoncer la répression gourvernementale.

Manifestation contre le gouvernement soudanais à Khartoum, le 25 décembre 2018.
Manifestation contre le gouvernement soudanais à Khartoum, le 25 décembre 2018. (MOHAMED NURELDIN ABDALLAH / X01806)

Au classement mondial de la liberté de la presse 2018, le Soudan occupe le 174e rang sur 180 pays. C'est donc pour défendre la liberté d'expression, qu'un réseau de journalistes soudanais a décrété une grève de trois jours, jusqu'au 29 décembre.

Ils protestent notamment contre l'arrestation de huit de leurs confrères qui manifestaient devant les locaux du journal indépendant Al-Tayar, selon son rédacteur en chef, Osmane Mirghani. Ces journalistes ont été libérés peu après, a appris l'AFP. 

Cette grève dans les médias intervient alors que des militants et des groupes d'opposition ont appelé à poursuivre les manifestations. Le parti communiste a notamment demandé à "tous les partis d'opposition de s'unir et de travailler ensemble pour coordonner ce mouvement".

Des manifestations secouent le pays depuis le 19 décembre, après une envolée du prix du pain, multiplié par trois, sur décision du gouvernement. Alors qu'il passait d'une livre soudanaise (un centime d'euro) à trois livres, le prix du carburant, lui, grimpait également, provoquant la colère de la population.

Une contestation quasi inédite

Selon les autorités, 19 personnes, dont deux policiers, ont trouvé la mort lors de rassemblements d'une ampleur quasi inédite ces trois dernières décennies. Mais ces revendications contre la vie chère, ont pris une tournure politique.

Le parti du Congrès populaire (PCP), membre de la coalition au pouvoir, a demandé, dès le 26 décembre, l'ouverture d'une enquête sur la mort des manifestants. La plupart ont été tués lors d'"incidents liés au pillage", a affirmé le porte-parole du gouvernement, Boshara Juma, le 27 décembre.

Ce même jour, alors que la contestation anti-gouvernementale continuait à prendre de l'ampleur, un haut responsable, de surcroît membre d'un parti de la coalition au pouvoir, Abdarouf Grnas, a démissionné du ministère de la Santé. 

De son côté, le chef du parti Oumma pour la réforme et le renouveau, Moubarak el-Fadiel, a affirmé à l'AFP qu'il s'agissait "d'une première étape, qui sera suivie d'autres mesures", sans donner plus de précisions.

De nombreux manifestants réclament "la chute du régime" du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989. Ce dernier, âgé de 74 ans, avait tenté le 24 décembre de calmer le mécontentement en promettant d'engager de "vraies réformes" pour remédier à la crise économique.

Amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, le pays a vu l'inflation s'établir à près de 70%, la livre soudanaise ayant plongé face au dollar américain.