Mali : les élections compromises par la situation sécuritaire

Les militaires se sont engagés à rendre le pouvoir aux civils et à organiser des élections nationales en février 2022. 

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Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, à Berlin, le 15 octobre 2015.  (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

Le Mali prépare-t-il les esprits à un report sine die des élections ? Le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a jeté, lundi 11 octobre, de nouveaux doutes sur la tenue d'élections prévues en février 2022, en rejetant les "diktat" des partenaires de son pays. Il a laissé entendre que les scrutins présidentiel et législatif du 27 février pourraient ne pas se tenir "si la situation sécuritaire n'est pas prise en charge", lors d'un point presse avec son homologue marocain Nasser Bourita à Rabat. "Nous avons un défi supplémentaire qui est venu avec le désengagement du partenaire français qui risque de créer un vide sécuritaire que l'Etat malien doit combler", a déclaré Abdoulaye  Diop.

"Défi supplémentaire"

Paris a entrepris de réorganiser son dispositif militaire au Sahel, en quittant notamment les bases les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit) et en prévoyant de réduire ses effectifs dans la région d'ici à 2023 à 2 500-3 000 hommes, contre plus de 5 000 aujourd'hui.

"Nous nous sommes engagés sur un calendrier pour tenir les élections en février. Nous sommes dans cette lancée mais (...) cette approche dogmatique de dire 'c'est le 27 février ou rien', je crois qu'il faudra que nos partenaires prennent un peu de recul pour regarder l'ensemble de la situation"

Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères

à l'AFP

"Solution malienne"

Le ministre répond, en filigrane, à la communauté internationale qui exprime des inquiétudes croissantes sur le respect des échéances. "Essayons d'aider les Maliens à trouver une solution malienne à leurs problèmes, a-t-il encore plaidé, parce que les Maliens ont le sentiment que chaque fois c'est des partenaires à l'extérieur du Mali qui nous donnent les prescriptions, et souvent ça ne marche pas." 

A la suite du putsch du 18 août 2020, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait pris des sanctions essentiellement économiques et suspendu le Mali de l'organisation. Ces sanctions avaient été levées à la suite de l'engagement des militaires dirigés par le colonel Assimi Goïta sur la voie d'une transition de 18 mois maximum. Mais depuis, le colonel Goïta a mené en mai un nouveau coup de force en déposant le président de transition Bah Ndaw et son Premier ministre Moctar Ouane. Lors d'un sommet le 16 septembre à Accra, l'organisation régionale a exigé des militaires maliens le "respect strict du calendrier de la transition" vers le rétablissement d'un pouvoir civil.

"Ultimatums"

Les militaires au pouvoir se sont engagés à rendre le pouvoir aux civils et à organiser des élections nationales en février 2022 à l'issue d'une "transition" limitée à 18 mois, mais le respect de cet engagement est de plus en plus douteux.

"L'état d'esprit doit changer. Qu'on sorte de la prescription, des diktat, des invectives, des ultimatums, pour entrer dans le cadre d'un dialogue et une écoute sincères avec les Maliens" 

Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères

à l'AFP

Le Mali, plongé dans une profonde crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d'insurrections indépendantistes et jihadistes dans le nord du pays en 2012, a été le théâtre de deux coups d'Etat militaires en août 2020 et mai 2021.

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