Les Etats-Unis se désengagent-ils de l'Afrique ? Le chef du Pentagone est en tournée au Maghreb pour rassurer les alliés

C'est son premier voyage en Afrique. C'est aussi le premier chef du Pentagone à fouler le sol africain depuis près de 15 ans. Un continent "marginalisé" par le président Donald Trump durant son mandat qui s'achève, selon un spécialiste.

Le secrétaire américain à la Défense Mark Esper (2e à gauche) rencontre son homologue tunisien Ibrahim Bartagi (3e à gauche), dans la capitale Tunis, le 30 septembre 2020.
Le secrétaire américain à la Défense Mark Esper (2e à gauche) rencontre son homologue tunisien Ibrahim Bartagi (3e à gauche), dans la capitale Tunis, le 30 septembre 2020. (SYLVIE LANTEAUME / AFP)

La tournée maghrébine du chef du Pentagone, Mark Esper, a débuté par la Tunisie où il est arrivé le 30 septembre. Avant de se rendre ensuite en Algérie puis au Maroc. Avec ses différents interlocuteurs, il est essentiellement question de la coopération antijihadiste. C'est un des rares domaines auquel l'administration de Donald Trump semble encore s'intéresser sur le continent. Les Etats-Unis restent aujourd'hui un acteur important en matière de fourniture d'armements et d'équipements de lutte contre le terrorisme en Afrique.

Rassurer les partenaires maghrébins de Washington

Entre 6 000 et 7 000 soldats américains sont déployés aujourd'hui en Afrique. Pour le chef du Pentagone, il s'agira de rassurer les partenaires maghrébins de Washington de sa volonté de renforcer les liens avec ses alliés de la région, au moment où les spécialistes pointent "le désintérêt" affiché par le président Donald Trump vis-à-vis du continent africain.

"Donald Trump n'a jamais fait de déplacement sur le continent. Il n'a reçu qu'une petite poignée de chefs d'Etats africains à la Maison Blanche et n'a jamais fait de discours majeurs sur le positionnement des Etats-Unis à l'égard du continent", analyse l'ancien ambassadeur américain Jeff Hawkins, chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Le chef du Pentagone devra rassurer les Africains notamment sur le rôle que Donald Trump entend réserver aux effectifs du commandement militaire américain pour l'Afrique (Africom). On évoque de plus en plus la possibilité de la fermeture d'une importante base de drones à Agadez, au Niger, élément clé dans le dispositif de lutte antiterroriste au Sahel.

Le département de la Défense ne cherche plus à affaiblir les groupes terroristes en Afrique, qui ne sont plus considérés comme un danger pour les Etats-Unis, mais à les contenirJeff Hawkins, chercheur associé à l'IRIS et ancien ambassadeur américainSite de l'IRIS

L'ancien ambassadeur américain Jeff Hawkins constate par ailleurs que le projet de bugdet pour l'année fiscale 2021 de Donald Trump prévoit une réduction drastique de la contribution américaine aux opérations de maintien de la paix de l'ONU de près de 450 millions de dollars. Ce qui ne manquera pas d'affecter les missions en cours en Centrafrique, en République démocratique du Congo et au Sud-Soudan.

Les Etats-Unis abandonnent-ils l'Afrique ?

Washington s'en défend. La Maison Blanche parle plus d'une réorientation de sa politique que d'un abandon, explique l'ancien diplomate américain. Pour l'administration américaine, il s'agit de privilégier des partenaires africains fiables et de mettre fin à des missions interminables.Tout en restant vigilant face à la présence imposante des Chinois mais aussi des Russes sur le terrain africain. "Mais l'effet est le même. L'Afrique semble laissée pour compte, tandis que l'attention américaine s'oriente vers d'autres cibles", en Asie et ailleurs, constate le chercheur Jeff Hawkins.

La diplomatie américaine s'efforce cependant de rester active sur le continent. L'administration Trump a même proposé une médiation dans certains conflits africains, comme sur la question du Nil entre l'Egypte et l'Ethiopie, rappelle l'ancien ambassadeur. Mais il faudra plus d'une médiation et une tournée du chef du Pentagone pour rétablir la confiance et réparer les frictions du président Donald Trump avec le continent.

Ses propos maintenant célèbres sur 'les pays de merde' suggèrent certains préjugés vis-à-vis de l'AfriqueJeff Hawkins, chercheur associé à l'IRIS et ancien ambassadeur américainSite de l'IRIS

Plus important encore, ajoute le chercheur, quelques-uns des pilliers traditionnels de la politique américaine en Afrique, comme la lutte contre l'instabilité, l'aide humanitaire et la promotion de la démocratie, n'ont que très peu d'attraits aux yeux du président pour qui, seuls comptent les enjeux commerciaux.

Joe Biden pourrait-il changer la donne ?

Pour Jeff Hawkins, si le président Donald Trump venait à être réélu, il ne faut pas espérer une éclaircie dans les relations entre la Maison Blanche et l'Afrique. Mais il a des raisons de penser qu'une victoire du candidat démocrate Joe Biden pourrait changer la donne. Dans une interview accordée à Radio France Internationale, Jeff Hawkins explique que l'adversaire de Donald Trump dispose déjà d'une solide équipe qui prépare sa politique vis-à-vis de l'Afrique. Des vétérans de l'administration Obama dont il a été vice-président. "Ce sont ces experts qui sont en train de préparer un engagement plus équilibré et plus respectueux du continent africain", confie-t-il à nos confrères.