L'émir de Kano, figure traditionnelle du nord du Nigeria, "détrôné" par les autorités

Le gouverneur de l'Etat de Kano a démis, le 9 mars 2020, l'une des plus grandes figures du pouvoir traditionnel au Nigeria. Un geste rare qui marque le dernier épisode d'une guerre politique ouverte.

Le prince Charles en compagnie de l\'émir de Kano, Lamido Sanusi, lors d\'une rencontre avec les chefs traditionnels le 6 novembre 2018.
Le prince Charles en compagnie de l'émir de Kano, Lamido Sanusi, lors d'une rencontre avec les chefs traditionnels le 6 novembre 2018. (AFOLABI SOTUNDE / POOL)

Connu pour son franc-parler et son combat contre l'islam ultra-conservateur, Sanusi Lamido Sanusi, émir de Kano, au nord du Nigeria, a été démis de ses fonctions pour insubordination et manque de respect envers le pouvoir politique et religieux.

57e émir de Kano depuis le Xe siècle, Sanusi Lamido Sanusi, son nom à l'état civil, fait partie de la nouvelle génération de chefs traditionnels modernes et très éduqués. Il a été gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, dont il avait été écarté en 2014 après avoir dénoncé des détournements de fonds massifs sous le précédent gouvernement fédéral.

Très influent dans tout le nord musulman du Nigeria, l'émir a été renvoyé officiellement pour avoir "manqué de respect aux institutions", et notamment avoir refusé de participer à des réunions avec le gouverneur Abdullahi Umar Ganduje. Muhammadu Sanusi II, 58 ans, entretenait des relations glaciales avec ce gouverneur, depuis 2017.

Un émir en lutte contre l'islam conservateur

"Personne ne peut se réjouir d'avoir 87% de la pauvreté du pays dans le Nord et des millions et des millions d'enfants qui ne vont pas à l'école", avait-il lancé en février 2020. Le mois dernier, il a déclaré que les pères qui envoyaient leurs enfants mendier pour obtenir l'aumône devraient être arrêtés. M. Sanusi n'hésite pas à exprimer ses opinions ce qui, selon certains, constitue une rupture avec la tradition. Laquelle veut qu'un émir soit vu et non entendu.

Dans le passé, il a critiqué ce qu'il a décrit comme "l'interprétation ultra-conservatrice de l'Islam" dans certaines régions du nord du Nigeria, qui a découragé l'éducation des filles, le planning familial et d'autres politiques progressistes.

M. Sanusi était considéré comme un réformateur et avait critiqué certaines politiques gouvernementales, une position qui le mettait souvent en conflit avec les politiciens au pouvoirIshaq Khalid journaliste au NigeriaBBC news

Il avait également dénoncé les abus de la polygamie, demandant aux hommes musulmans qui n'ont pas les moyens financiers d'avoir des familles élargies ou d'envoyer leurs enfants à l'école, de renoncer à épouser jusqu'à quatre femmes.

Le gouvernement de l'Etat de Kano a accusé l'émir de "détruire l'image" de l'émirat, assurant prendre cette décision très rare et historique pour "défendre le prestige, la religion, la culture et la tradition", valeurs bâties "depuis un millénaire". Réputé proche de l'actuel président Muhammadu Buhari, l'émir n'a pourtant jamais hésité à dénoncer les politiques économiques du gouvernement. Le gouverneur de Kano, M. Ganduje, élu en 2019, l'accuse désormais de soutenir l'opposition.