Handicap International, qui refuse "le fichage ethnique", doit quitter le Burundi

Depuis octobre 2018, une loi burundaise encadre les activités des ONG étrangères et leur demande notamment de déclarer les origines ethniques de leurs employés. Elles avaient jusqu'au 31 décembre pour le faire.

Un homme et un enfant infectés par le choléra dans un centre MSF (Médecins sans frontières) à Bujumbura, au Burundi, le 25 août 2005 (photo d\'illustration). 
Un homme et un enfant infectés par le choléra dans un centre MSF (Médecins sans frontières) à Bujumbura, au Burundi, le 25 août 2005 (photo d'illustration).  (JOSE CENDON / AFP)

Après 26 ans à œuvrer dans les domaines de la santé, la réadaptation, l'éducation, la protection, l'insertion socio-économique et l'appui aux associations, Handicap International dit quitter "à regret" le Burundi, selon l'AFP.

Dans un communiqué du 7 janvier 2019, l'ONG précise n’être "plus en mesure de mener ses projets en raison des décisions du gouvernement burundais vis-à-vis des ONG internationales" qui constituent, selon elle, "une ligne rouge qu'elle n'entend pas franchir". Présente depuis 1992 au Burundi, Handicap International ne veut pas "être complice d'une forme de discrimination ethnique".

Fichage ethnique et contrôle des finances

Le 1er octobre 2018, le gouvernement avait suspendu pour trois mois les activités de toutes les ONG étrangères en attendant qu’elles se mettent en conformité avec une nouvelle loi. Parmi leurs obligations, celle d’établir un quota ethnique de leur personnel (60% de Hutus et de 40% de Tutsis, comme dans l'administration) et de le communiquer aux autorités avant le 31 décembre 2018. La loi prévoyait également un strict contrôle de leurs finances et des frais administratifs.

La Libre Afrique indique que "cette obligation faite aux ONG s’inspire du système des quotas prévu dans la Constitution pour toutes les structures et les institutions de l’Etat burundais, y compris l’administration publique et les corps de défense et de sécurité. Mais la Constitution évoque uniquement les secteurs de l’Etat, en aucun cas la société civile."

Les ONG qui ne se plieront pas à ces nouvelles règles seront définitivement radiéesLe président burundais Pierre NkurunzizaAFP

Fin 2018, quelque 84 ONG internationales sur les 140 présentes dans le pays – comme International Rescue Committee, Catholic Relief Services, Action Aid, International Corps, Caritas International ou Save the Children Holland – s'étaient conformées à la demande, a appris l'AFP le 4 janvier 2019 de sources concordantes. Elles avaient repris depuis lors leurs activités.

L'ONG belge 11.11.11 et Avocats sans Frontières sont les seules à avoir déjà fermé officiellement leurs bureaux, mais "il y en a encore une trentaine (d'ONG) qui n'ont pas accepté ces conditions et sont prêtes à fermer définitivement s'il le faut", selon une source humanitaire qui a requis l'anonymat.

Médecins sans Frontières Belgique continue ainsi à travailler, selon un tweet du 8 janvier.

MSF, qui entretient notamment un grand hôpital chirurgical à Bujumbura, menait le 4 janvier dernier une campagne médicale contre une épidémie de choléra dans la ville de Rumonge, au sud du pays, a confirmé à l'AFP un haut cadre du ministère de l'Intérieur, selon qui "l'ONG n'a pas signé le document sur l'équilibre ethnique".

Pour leur part, "les populations bénéficiant de leur assistance redoutent des conséquences graves, notamment du point de vue sanitaire", précisait fin décembre la Deutsche Welle.

Selon certains observateurs humanitaires et diplomatiques, la loi a permis au gouvernement de faire partir des ONG internationales qui œuvraient dans le domaine des droits de l'Homme et de la gouvernance…