En RDC, controverse sur l’usage de machines à voter

En RDC, la controverse est vive quant à l’usage de machines à voter lors du prochain scrutin prévu (théoriquement) en fin d’année 2018. Tout le monde ou presque s’oppose à ce choix de la commission électorale. Il est jugé trop cher et surtout peu sûr, pouvant faire plonger le pays dans le chaos.

Présentation de la machine à voter qui sera utilisée lors des élections de décembre 2018 en RDC.
Présentation de la machine à voter qui sera utilisée lors des élections de décembre 2018 en RDC. (capture d'"cran Desk Eco)

On se rappelle du scrutin présidentiel du 8 août 2017 au Kenya. Invalidé en raison de transmissions tardives, voire absentes, des résultats. Les plus grands doutes ont été émis sur la fiabilité et la sécurisation du système informatique de transmission.

L’histoire pourrait se répéter, cette fois en République démocratique du Congo, pour l’élection présidentielle prévue en décembre 2018. Envers et contre tous, ou presque, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a choisi de faire procéder à un vote électronique dans la totalité du pays.

«La CENI a insisté, suggérant qu’elle achètera jusqu’à 107.000 machines à voter, une pour chacun des 84.000 bureaux de vote et une machine de secours pour chacun des 23.000 centres de vote»,
écrit le Groupe d’études pour le Congo (GEC), groupe de recherche basé à l'Université de New York.

Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)
Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) (AFP)

Très critique, le GEC met tout d’abord en avant le coût astronomique de la dépense. 160 millions de dollars d’équipement (environ 130 millions d’euros). Certes, les élections comporteront trois scrutins – présidentielle, législatives et provinciales –, gourmands en papier. Des bulletins de vote qu’il faudrait ensuite transporter dans les 84.000 bureaux de vote de cet immense pays. Mais deux ONG congolaises, AETA et ODEP, ne croient pas que le mode électronique sera moins coûteux. «La CENI devra prévoir un budget pour l’achat des machines à voter et des cartes magnétiques, des papiers… outre les frais à engager pour la formation et la sensibilisation des électeurs», explique Rycky Mapama, directeur de l’ODEP.

Manque de fiabilité
L’autre préoccupation vient de la fiabilité de ces machines à voter. Et cela ne relève pas du fantasme. En août 2017, la Commission électorale a testé trois «kits». Deux sont tombés en panne selon le GEC. Cela n’a pas empêché Corneille Nangaa, le président de la commission, de passer commande. On s’interroge également sur a transparence du contrat, signé sans appel d’offre en raison de l’urgence affirme la CENI.
 
La fraude en toile de fond
Mais bien sûr, la grande réticence à employer ces machines s’explique par la possibilité de fraude électorale. L’épiscopat s’en est mêlé, demandant à la commission électorale de «lever les suspicions… en acceptant la certification par des experts nationaux et internationaux» de la machine. Nikky Halley, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a parlé de «risque colossal» et a demandé le recours à des bulletins papier «pour qu’il n’y ait pas de doutes sur les résultats».

Même la Corée a alerté le constructeur coréen de la machine du risque que comportait son exportation. Séoul évoquait notamment la livraison. Car il s’agit de fournir à temps l’ensemble des machines pour ne pas donner à Joseph Kabila l’occasion de repousser une nouvelle fois l’élection présidentielle.
 
Un vote électronique bien édulcoré
Au final, la machine est en fait très édulcorée, mélange de vote papier et d’affichage numérique. Certes il faudra choisir son candidat en cliquant sur un écran. Mais un bulletin de vote en papier sera imprimé, bulletin papier que l’électeur devra glisser dans l’urne. A l’issue du scrutin on pourra donc comparer le nombre de bulletins à celui des clics obtenus par le candidat, un décompte enregistré dans la mémoire de l’ordinateur.
 
«Ce n’est pas une machine à tricher» mais «une machine à simplifier» et à «réduire le coût» des élections, a déclaré le rapporteur de la commission Jean-Pierre Kalamba. Pourtant, il n’est pas certain que ces scrutins de fin d’année se fassent dans plus de clarté. Pannes éventuelles, électeurs perdus dans la procédure, absence d’assesseurs formés pour les aider, l’empressement de la commission électorale de se doter de machines risque de perturber un peu plus un scrutin qui s’annonce déjà très tendu.