En Gambie, le peuple marche contre les violences sexuelles

Quelques jours après le témoignage de l'ex-Miss Gambie, qui a révélé avoir été violée par l'ancien chef d'Etat Yahya Jammeh en 2015, les Gambiens sont descendus dans la rue le 4 juillet pour dénoncer les violences sexuelles faites aux femmes du pays.

Des familles de victimes du pouvoir manifestent contre l\'ancien président gambien Yahya Jammeh à Banjul, la capitale, le 17 avril 2018.
Des familles de victimes du pouvoir manifestent contre l'ancien président gambien Yahya Jammeh à Banjul, la capitale, le 17 avril 2018. (CLAIRE BARGELES / AFP)

C'est un événement rare en Gambie. Dans ce petit pays de 2,1 millions d'habitants, plus d'une centaine de personnes ont manifesté le 4 juillet, sur la Kaibara Avenue à Serrekunda (plus grande ville du pays), pour dénoncer la multiplication des agressions sexuelles faites aux femmes. Une marche emblématique, organisée une semaine après le rapport de Human Rights Watch et Trial International, ainsi que le témoignage de Fatou "Toufah" Jallow, ancienne Miss Gambie, qui accusent publiquement l'ancien chef d'Etat d'avoir impunément violé des jeunes femmes pendant ses 22 années au pouvoir.

Parmi les personnes venues manifester, de simples citoyens, mais également des femmes victimes d'agression et des activistes de l'association gambienne des droits de l'Homme, Tango. Ces derniers, la bouche recouverte de scotch, symbole du silence qui a longtemps été imposé aux jeunes femmes du pays, arboraient des T-shirts "#IamToufah", mouvement qu'ils ont cofondé avec l'ex-Miss Gambie de 23 ans. La jeune fille était, elle, en tête du cortège.

Dénonciations par Human Rights Watch

L'enquête menée sur 18 mois par les ONG Human Rights Watch et Trial sur les crimes de l'ancien président gambien s'est basée sur le témoignage de 14 femmes et de 8 anciens officiels. Marion Volkmann, enquêtrice principale de Human Rights Watch, explique ainsi que le président repérait les jeunes femmes qui lui plaisaient, les invitait dans sa suite au palais présidentiel et les violait. Il frappait celles qui refusaient de lui obéir et envoyait ensuite de l'argent aux familles de ces femmes, généralement très pauvres.

Une libération de la parole ?

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"No means No" (Non c'est non) et "Let's break the silence" (Brisons le silence), peut-on lire sur les affiches brandies lors de la manifestation. Révoltés face à l'attitude de leur ancien président, scandalisés par la culture du silence qui a été imposée à la Gambie pendant plus de vingt ans, les manifestants souhaitent que la parole se libère dans le pays. La marche est ainsi porteuse de grands espoirs pour les citoyens.

"Je voulais que le débat commence ici (dans la rue). C'est important, il faut briser le silence. Beaucoup de femmes souffrent", racontait une manifestante, au micro de France24.

Nous assistons à une révolution, quelque chose d'inédit en Gambie, sur un sujet qui d'habitude n'est pas dans le débat public. Pour moi, le fait d'avoir ce grand débat est l'événement le plus important depuis que la Gambie est une démocratieMadi Jobarteh, coorganisateur de l'événement

D'après le nouveau gouvernement gambien, au pouvoir depuis 2016, Yahya Jammeh et ses proches auraient également détourné jusqu'à un milliard de dollars dans les caisses de l'Etat gambien durant la présidence. L'ancien chef d'Etat vit aujourd'hui en Guinée équatoriale, pays où il a été accueilli, cette année-là, après l'élection de son concurrent Adama Barrow.

Une commission a été mise en place après les déclarations de Toufah Jallow, qui va enquêter sur les violations des droits de l'Homme commises par M. Jammeh, selon la BBC. Le gouvernement gambien a également appelé toutes les femmes du pays à signaler les violences sexuelles commises par l'ancien président.