Cet article date de plus de huit ans.

Daniel Larribe, ex-otage : "Nous n'avons jamais craint pour nos vies"

Détenu pendant trois ans, l'ingénieur raconte, parfois avec humour, sa captivité, sa libération et son retour en France à Etienne Leenhardt, rédacteur en chef du service enquêtes et reportages de France 2.

Article rédigé par
Propos recueillis par Etienne Leenhardt - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Capture d'écran de l'ex-otage Daniel Larribe sur le plateau du journal de 20 heures de France 2, le 4 novembre 2013. ( FRANCE 2 / FRANCETV INFO)

Quelques heures avant son passage au 20 heures de France 2, lundi 4 novembre, l'ex-otage Daniel Larribe et son épouse Françoise se sont entretenus avec Etienne Leenhardt, rédacteur en chef du service enquêtes et reportages de France 2. Ils ont partagé quelques anecdotes, quelques révélations aussi, après cette "parenthèse" de trois longues années qui a pris fin le 29 octobre.

Sur sa détention

"Nous changions de campement assez souvent, tous les deux mois environ. Les trajets, de nuit, étaient assez longs. Mais je me suis rendu compte au bout d'un moment que pendant ces trois années, nous sommes restés la plupart du temps dans une zone de 100 km², dans le massif de l'Adrar", se souvient Daniel Larribe, enlevé en 2010 au Niger et retenu pendant trois ans avec Thierry Dol, Marc Féret et Pierre Legrand. "Sauf à la fin de notre détention, où nous sommes partis beaucoup plus au nord-ouest, sans doute vers la frontière avec l'Algérie", se souvient-il.

Il se rappelle très précisément les dates de certains événements, grâce à une astuce mise au point avec ses compagnons d'infortune. "Si vous comptez les jours l'un après l'autre, au bout de 500-550 vous ne vous rappelez plus exactement. En fait, dès le départ, nous avons compté grâce aux numéros de départements, en se souvenant chaque jour du nom de la préfecture. Le 46e jour, c'est le Lot, donc c'est Cahors. Et le lendemain matin, vous vous souvenez que la veille, c'était Cahors."

Retenus dans le désert, avec des températures avoisinant les 50°C et des déplacements incessants, comment ont-ils tenu ? "Nous programmions l'emploi du temps de chaque journée, le plus précisément possible, détaille l'ex-otage. L'heure du thé, de l'observation botanique ou géologique. J'ai même parfait mes connaissances en anglais grâce au manuel de bord du Toyota de nos ravisseurs."

"Françoise a essayé de me faire passer des livres, des lunettes, des médicaments… mais nous n'avons rien reçu", raconte Daniel Larribe, dont l'épouse, enlevée avec lui, a été libérée en février 2011, après cinq mois de détention. "Nous ne recevions aucune information du monde extérieur, sauf lorsque nous croisions d'autres otages, notamment Marc Féret et Pierre Legrand, qui étaient détenus par un autre groupe. Eux écoutaient RFI de temps en temps. Je n'ai appris l'élection de François Hollande que neuf mois plus tard…"

Sur ses relations avec les ravisseurs

"Le groupe qui nous gardait changeait assez souvent. Des combattants parfois jeunes, très jeunes, de 15-16 ans. Nous gardions nos distances avec nos geôliers, mais nous communiquions par l'intermédiaire d'un traducteur, un Tunisien", se souvient ce passionné d'Afrique. Il relate "quelques échanges sur la France, mais pas de discussions politiques, ni une relation de dominants à dominés".

"On mangeait comme eux, on vivait comme eux. On s'habillait comme eux. On portait la barbe, sauf pour enregistrer les vidéos. Là, ils nous demandaient de nous raser. C'était un peu chacun chez soi. Mais nous n'avons jamais craint pour nos vies."

Sur Serval, l'opération militaire française au Mali

"Au début, j'ai cru que les avions qui survolaient la région étaient algériens. Et puis nos ravisseurs parlaient de Rafale, Rafale… Les premiers bombardements français ont été très violents, à tout juste 1,5 km de là ou nous étions", raconte Daniel Larribe. "Paradoxalement, c'est à ce moment-là que notre vie a été le plus en danger. C'était la panique dans le groupe. C'est à cette période qu'Abou Zeid [le chef de la katiba qui les a kidnappés à Arlit] a été tué. Mais je ne l'ai appris qu'à ma libération."

Sur sa libération

"Thierry Dol et moi avons senti, plusieurs semaines avant notre libération, quarante jours à peu près, que quelque chose était en train de changer, affirme Daniel Larribe. On a commencé à nous dire que les choses avançaient. Quatre jours avant d'être libérés, on a compris que cette fois, c'était bon."

"Le premier Français que j'ai vu le jour où nous avons été libérés, c'est l'homme qui m'a fouillé avant de monter dans l'hélicoptère. J'ai cru qu'il allait me demander mon passeport, plaisante l'ex-otage, avec un sourire malicieux. Puis très vite, arrivés à Niamey, les ministres Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian."

Sur son retour en France

Comment les quatre hommes ont-ils vécu leur arrivée en France, à l'aéroport de Villacoublay ? "Nous sommes restés silencieux, parce que nous n'avions rien à dire. On revenait de la Lune, on retrouvait nos familles, et il aurait fallu parler devant deux cents caméras !" se justifie Daniel Larribe. "Je n'ai pas l'habitude de parler devant les cameras. Bon, sauf pour enregistrer des preuves de vie", dit-il en souriant.

Sur le tarmac, François Hollande est là pour accueillir les quatre ex-otages. "Je ne savais pas bien quoi dire au président", poursuit Daniel Larribe, qui avoue lui avoir fait "une blague foireuse". Au chef de l'Etat qui lui souffle : "Votre épouse Françoise est formidable, très courageuse. Protestante, cévenole", il lui répond : "Oui, un peu comme Lionel Jospin."  "Ça, je connais", rétorque François Hollande.

"Puis on s'est approchés des personnalités qui nous attendaient à l'abri des caméras, continue l'ingénieur minier. Là, le président me prend par le bras et me dit : 'Je vous présente ma compagne, Valérie Trierweiler.' Me voyant un peu interloqué, il me répond, dans un grand sourire : 'Oui, je comprends, vous avez raté quelques épisodes !'Eclat de rire général.

Malgré dix kilos perdus pendant sa détention, Daniel Larribe va bien. Son seul problème de santé, ce sont les ampoules qu'il a aux pieds depuis qu'il remet des chaussures, dit-il. Quant à sa barbe, qui a fait parler certains cadres du Front national, il ne la rasera qu'une fois tous les otages français retenus au Sahel libérés.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Otages au Niger

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.