Nisrin Erradi : "Contrairement à mon personnage dans 'Adam', je suis une femme libre"

L'actrice est à l'affiche du film "Adam", le premier long métrage de sa compatriote, la cinéaste marocaine Maryam Touzani.

La comédienne marocaine Nisrin Erradi à la 18e édition du Festival international du film de Marrakech le 3 décembre 2019. 
La comédienne marocaine Nisrin Erradi à la 18e édition du Festival international du film de Marrakech le 3 décembre 2019.  (FADEL SENNA / AFP)

La jeune comédiennne marocaine Nisrin Erradi incarne sompteusement Samia dans Adam, le premier long métrage de la réalisatrice et scénariste marocaine Maryam Touzani, actuellement en salles. Sa prestation lui a valu le prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Durban (Afrique du Sud) et a été saluée durant le Festival d'El Gouna (Egypte). Nous l'avions rencontrée lors de la présentation du film à la dernière édition du Festival de Cannes

Samia, enceinte et livrée à elle-même dans la médina de Casablanca, décide de se tourner vers une inconnue, Abla (Lubna Azabal) qui tient une boutique de pâtisseries, en lui proposant ses services. Cette rencontre, imposée par les vicissitudes de la vie, va bouleverser le destin de ces deux Marocaines qui tentent de se construire et d'exister en dépit d'un étouffant système patriarcal. Adam est un duo dont les membres ne sont pas sur la même longueur d’ondes et qui, peu à peu, vont s'accorder en dépit de la singularité de leurs itinéraires. La mise en scène épurée de Maryam Touzani, nourrie par le talent de ses comédiennes qui subliment leurs personnages respectifs, font de ce premier film un très bel objet cinématographique sur le statut des femmes au Maroc. Le long métrage a reçu de nombreux prix depuis sa première mondiale sur la Croisette. 

Comment Maryam Touzani vous a-t-elle approchée pour ce rôle ?

Maryam m’a appelée et j’ai fait un casting sur une séquence très forte dans le film. J’avais les larmes aux yeux et je suis vraiment rentrée dans le personnage de Samia dès la première fois, et ce grâce à Maryam. Quand j’ai lu le scénario, cette sensation s’est renforcée. Et Samia ne m'a plus quittée pendant toute la préparation du film. J’avais pris des vacances et j’étais à Barcelone, à Paris, en Turquie et Samia était avec moi tout le temps. Le personnage était déjà installé avant le tournage. Samia était ma copine (rires)… Comme par hasard, je ne voyais que des femmes enceintes dans la rue. J’avais la matière pour travailler. J’ai beaucoup observé aussi ma grande sœur, qui venait d’accoucher, et son bébé. Je l'ai d'ailleurs aidée à s'occuper de lui. 

Que fait-on pour s'approprier Samia, un personnage à la fois fort, stoïque...

Très dur... Parmi les personnages que j'ai déjà interprétés, Samia occupe une place particulière. Il m’a beaucoup touchée pas en tant qu'actrice mais en tant qu’être humain. C’était très dur de l’incarner d’un point de vue psychologique. Les choses que Samia a vécues me sont étranges. Si je tombe enceinte, je ne serai pas dans la même situation qu’elle. Contrairement à Samia, je suis libre. Je fais ce que je veux. C'est la principale difficulté que j’ai rencontrée pour incarner ce personnage. Toutes les scènes étaient très dures pour moi. Mais, en même temps, cette expérience m’a procuré une jolie sensation.  

AD VITAM

Et les scènes avec le bebé, Warda – Douae Belkhaouda à la ville –, avec qui Samia est très complice... Jouer avec les enfants n’est pas facile...

C’est très difficile de jouer avec les bébés parce que justement, eux, ne jouent pas. Ils pleurent quand ils ont envie de pleurer (rires). Quant à Douae, elle est superbe. Elle a été choisie après un casting sauvage. Elle est très spontanée... Nous étions des amies sur le plateau (sourire). 

Il y a une vraie alchimie entre Lubna Azabal et vous-même. Ce qui donne une incroyable force à vos personnages et à l'évolution de la relation entre les deux femmes qui se reflète dans une des scènes les plus marquantes du film...

Dès notre première rencontre, le courant est passé entre Lubna et moi. Elle m’a beaucoup aidée. Nous avons beaucoup travaillé cette scène. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point. Nous l’avons répétée encore et encore. 

Samia dit à propos des femmes : "Rien ne nous appartient." Au Maroc, il y a bien sûr des femmes comme vous, libres, et des femmes comme Samia qui le sont moins. Qu’est-ce qui vous a touchée dans ce portrait de femmes qui tentent plus ou moins de résister aux contingences sociales ? 

C'est une problématique très importante pour nous. Les femmes doivent se libérer. Nous devons faire des choix et les assumer. Je suis féministe. J’adore les femmes fortes et je suis une femme forte. Au Maroc, par exemple, les femmes ne peuvent pas vivre comme les hommes. C’est un triste constat et on n'y peut rien. Tout ce que je peux faire, moi, c’est jouir de ma liberté. Je peux le faire pour moi mais je ne peux rien faire pour les autres. Et c'est malheureux.

Adam de Maryam Touzani
Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi et Douae Belkhaouda 
Sortie française : 5 février 2020