Maroc : le patron des patrons démissionne après avoir franchi la ligne rouge sur l’Algérie

Critiqué sans ménagement par le gouvernement du roi Mohammed VI pour ses propos sur l'Algérie, le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) quitte ses fonctions. 

Salaheddine Mezouar, ancien ministre des Affaires étrangères du Maroc et président de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), lors du lancement du Conseil économique Maroc-Espagne, à Rabat, le 14 février 2019.
Salaheddine Mezouar, ancien ministre des Affaires étrangères du Maroc et président de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), lors du lancement du Conseil économique Maroc-Espagne, à Rabat, le 14 février 2019. (- / AFP)

C’est par un mail adressé à l’ensemble de ses collaborateurs que Salaheddine Mezouar a annoncé le 13 octobre 2019, sa démission de ses fonctions à la tête du patronat Marocain (CGEM). Une démission, qualifiée d'"inattendue" par le Huffpostmaghreb,  pour "des raisons de contraintes personnelles majeures", selon les termes de sa lettre, qui ne donne pas davantage de détails sur ce départ précipité.

Pourtant, selon la presse marocaine, le coup de théâtre est intervenu quelques heures après un sévère recadrage du patron des patrons dans un communiqué officiel suite à ses déclarations sur la situation en Algérie. "Le gouvernement de Sa Majesté le Roi dénonce la démarche irresponsable, maladroite et irréfléchie de M. Salaheddine Mezouar, qui a cru devoir commenter la situation interne en Algérie lors d’une conférence internationale tenue à Marrakech", estime le communiqué du ministère des Affaires étrangères.

"La CGEM ne peut se substituer au gouvernement de SM le Roi dans la prise de positions sur les questions internationales et notamment le développement dans ce pays voisin", poursuit le texte, précisant qu’il s’agit d’une "position claire et constante" du royaume. "Le Maroc a décidé de s'en tenir a une attitude de non-ingérence par rapport aux développements en Algérie (...). Il n'a ni a se mêler des développements internes que connaît ce pays voisin, ni à les commenter", ajoute le même texte pour mémoire.

Une ligne rouge pour les officiels

Un principe actif en effet depuis la déclaration du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, en mars 2019, faisant de la situation en Algérie une ligne rouge pour les officiels indique le site marocain Yabiladi. Le 12 octobre, lors de sa participation à la World Policy Conference de Marrakech, Salaheddine Mezouar, ex-ministre lui aussi des Affaires étrangères de 2013 à 2018, avait dépassé cette ligne.

Il avait salué "le mouvement pacifique que connaît l’Algérie" et estimé que "l’armée au pouvoir" se devait "de composer avec le peuple pour ouvrir la voie à une démocratisation du pays".

Un crime de lèse-Algérie

C'est cette intrusion dans la diplomatie royale, qui a pris l'allure d'un crime de lèse-Algérie, qui a mis un coup d’arrêt à la courte carrière du patron des patrons marocains. Il avait été nommé à ce poste le 23 mai 2018. Contactés par l'AFP, le ministère des Affaires étrangères marocain, tout comme la CGEM, n'étaient pas joignables pour réagir à l’affaire.

L'Algérie connaît depuis le 22 février 2019 un mouvement inédit de contestation (Hirak), qui a poussé le 2 avril le président Abdelaziz Bouteflika à démissionner et qui se poursuit en réclamant le départ de l'ensemble du système en place depuis des décennies. Les relations entre l'Algérie et le Maroc demeurent très délicates et la frontière commune est fermée depuis plus de 20 ans.