Maroc : la peine de 20 ans de prison confirmée pour Nasser Zefzafi, chef de file de la contestation dans le Rif

Dans un Maghreb en pleine effervescence, la justice marocaine a confirmé en appel la lourde peine prononcée contre l'icône de la contestation populaire en 2016 dans le Rif, et contre trois autres manifestants.

Des Marocains manifestent contre l\'emprisonnement de membres du \"Hirak al chaabi\" (le mouvement de contestation populaire) et de leur chef de file, Nasser Zefzafi, dont ils brandissent le portrait, le 27 juin 2018 à Rabat.
Des Marocains manifestent contre l'emprisonnement de membres du "Hirak al chaabi" (le mouvement de contestation populaire) et de leur chef de file, Nasser Zefzafi, dont ils brandissent le portrait, le 27 juin 2018 à Rabat. (AFP)

"C'est un verdict choquant", a réagi l'avocat des manifestants, Mohamed Aghnaj, dans un entretien téléphonique le 6 avril 2019 à l’agence Reuters. Cela "montre que la cour d'appel n'a pas suffisamment étudié le dossier", a-t-il commenté.

Agé d'une quarantaine d'années, Nasser Zefzafi avait été arrêté en mai 2017 et transféré dans une prison de Casablanca après avoir organisé des manifestations dans sa ville d'al-Hoceima. Poursuivi notamment pour atteinte à la sûreté de l'Etat, il avait été condamné à 20 ans de prison ferme.

Les prévenus ont boycotté un procès "non équitable"

Avec ses discours virulents contre l'Etat "corrompu" ou "l'arbitraire" du pouvoir, il s’était imposé comme le visage du Hirak al-Chaabi (mouvement de contestation populaire) du Rif, dans le nord du pays. Un mouvement qui a débuté en octobre 2016 après la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson mort broyé dans une benne à ordures où il tentait de récupérer sa marchandise confisquée et jetée par la police.

Jugé en appel aux côtés de 41 autres accusés, cet ancien chômeur était absent à l'énoncé de la sentence : comme tous ses compagnons détenus, il boycotte les audiences depuis janvier pour dénoncer un procès "non équitable".

Cet homme à la mâchoire carrée avait été arrêté il y a deux ans pour avoir interrompu le prêche d'un imam hostile au mouvement dans une mosquée d'al-Hoceïma, épicentre de la protestation qui a secoué la région historiquement frondeuse et marginalisée du Rif jusqu'en juillet 2017.

Zefzafi torturé lors d'un interrogatoire

Après son arrestation, il "a été placé à l'isolement plus de quinze mois" pendant l'enquête "dans des conditions s'apparentant à de la torture", selon Amnesty International. Pendant le procès en première instance, le meneur avait lui-même assuré avoir été "torturé" pendant un interrogatoire de la police.

Finaliste du prestigieux prix Sakharov pour la liberté de conscience 2019, il vient d'être proposé pour le prix des droits de l'Homme Vaclav Havel 2019. Toutes les accusations de violences policières ont systématiquement été rejetées par les autorités marocaines.

Trois autres prévenus, Nabil Ahmijeq, Wassim el-Boustani et Samir Aghid, condamnés eux aussi à 20 ans de réclusion, ont vu leurs sentences confirmées par la cour d'appel de Casablanca. Comme toutes les autres d’ailleurs, prononcées en première instance.

La cour d'appel a été "clémente"

Une trentaine d'activistes avaient écopé en juin 2018 de peines allant de deux à quinze ans de réclusion. Onze d’entre eux avaient ensuite été graciés par le roi. D'après le procureur, le tribunal a confirmé le verdict "parce qu'il n'y avait aucun élément nouveau après que l'avocat de la défense et ses clients se sont abstenus de se rendre aux audiences". La cour d'appel a été "clémente" dans son jugement à l'encontre de Zefzafi, a ajouté Mohamed al-Houssaini Karout, soulignant que les charges retenues contre lui étaient passibles d'une peine de 30 ans de prison.

Dans le contexte d'un soulèvement en Algérie et d'une recrudescence du chaos en Libye, la justice marocaine a confirmé ces sentences prenant le risque d'être accusée à nouveau de violations des droits de l'Homme.