Arrestation de deux journalistes français : la presse marocaine se réjouit

Les journaux marocains reviennent longuement sur l’arrestation de deux journalistes français, Eric Laurent et Catherine Graciet, soupçonnés de chantage contre le roi Mohammed VI. Pour certains titres, c’est la preuve que tout ce qui a été écrit sur le royaume était à charge… et commandité par Alger.

Le roi Mohammed VI le 20 août 2015
Le roi Mohammed VI le 20 août 2015 (MOROCCAN ROYAL PALACE / AFP)
«27 août 2015 : le jour où le Maroc et la presse se sont affranchis du joug des "médias" occidentaux ». «Aujourd’hui Le Maroc» donne le ton et la parole aux directeurs des médias. «Toute la profession journalistique marocaine est indignée par l’affaire (…). Mais au-delà de la ferme dénonciation et de la gravité de ces actes, les hommes et femmes de la presse marocaine contactés par ALM sont unanimes par rapport aux enseignements à tirer de cette affaire».
 
Deux journalistes français ayant enquêté sur le Maroc, Eric Laurent et Catherine Graciet, ont été arrêtés le 27 août 2015 à Paris et placés en garde à vue, soupçonnés d'avoir tenté de faire chanter Rabat en proposant de ne pas sortir leur livre en échange d'argent. Ils auraient demandé trois millions d’euros puis accepté deux millions et une avance de 80.000 euros avant d’être arrêtés par la police française après une plainte du Royaume.
 
Toutes les enquêtes sur le Maroc décrédibilisées ? Pour Samir Chaouki, directeur de publication Les Eco, cité par Aujourd’hui Le Maroc,  «cette affaire met à nu certains plumitifs occidentaux qui essaient de s'enrichir indûment sur le dos de certains pays comme le Maroc qu'ils croient être une république bananière»».
 
Le directeur de publication du journal arabophone Al Watan Al Ane, Abderrahim Arriri, va plus loin. «L’heure est venue de rompre avec cette accointance et ce parti pris de l’élite politique, intellectuelle et économique marocaine avec les plumes occidentales. Il faut se comporter d’égal à égal avec ces plumes et ne plus applaudir et approuver tout ce qui nous vient de l’autre rive sans distinguer le bon grain de l’ivraie».
 
L’Algérie à la manœuvre ? Le pure player 360.ma, qui avait dans son viseur la journaliste Catherine Graciet dès le 16 février 2015, «réputée pour son tropisme algérien», y voyait déjà un complot. «Catherine Graciet est une ancienne journaliste freelance qui s’est reconvertie en auteur de livres commandés traitant des régimes qui ont maille à prendre avec Alger. Son tropisme algérien est un secret de polichinelle», écrit le site.
 
Seul Tel Quel, qui reprend la déclaration de Gilles Perrault, auteur du brûlot «Notre ami le roi», prend du recul : «C’est une triste histoire qui risque de déconsidérer le travail de ceux qui essaient de donner une image objective du Maroc. Cela risque de déconsidérer à l’avance toute critique».