Mali : le très virulent et influent Mahmoud Dicko quitte la tête du Haut conseil islamique

L'imam Chérif Ousmane Madani Haïdara, a été élu dimanche 21 avril 2019 à la tête du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), une instance religieuse très écoutée par la population. Il succède au très rigoriste Mahmoud Dicko, inspiré par la doctrine wahhabite, et bête noire du gouvernement, qui ne se représentait pas.

Cherif Ousmane Madani Haidara (au centre de la photo) remplace Mahmoud Dicko (à droite de la photo) à la tête du très influent Haut conseil islamique du Mali  
Cherif Ousmane Madani Haidara (au centre de la photo) remplace Mahmoud Dicko (à droite de la photo) à la tête du très influent Haut conseil islamique du Mali   (HABIBOU KOUYATE / AFP)

"Chérif Ousmane Madani Haïdara de l'islam a été élu, par consensus, nouveau Président du Haut conseil islamique du Mali", indique un communiqué publié à l'issue du 3e congrès ordinaire de la principale organisation islamique d'un pays à 90% musulman.

Haïdara : modéré et considéré comme proche du pouvoir

"Je veux travailler pour la paix, pour un Mali uni, pour la fraternité entre tous les musulmans du monde. Je veux que notre pays se retrouve, retrouve la paix", a déclaré M. Haïdara après son élection, alors que le Mali continue d'être la cible d'attaques de groupes islamistes armés.

Le même jour, onze soldats maliens étaient tués par des djihadistes présumés au cours d'un assaut contre un un poste de l'armée près de la frontière mauritanienne, un mois à peine après l'agression d'un camp militaire au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

Une menace islamiste aggravée par un début de conflit ethnique entre Peuls (éleveurs musulmans) et Dogons (agriculteurs animistes).

Né le 12 mai 1955, Chérif Ousmane Madani Haïdara, a créé en 1993 le mouvement religieux appelé "Ançar Dine" (sans lien avec le groupe islamiste malien Ansar Dine), qui compte des adeptes dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.

Il s'inspire du rite malékite, dominant au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, prônant un islam tolérant et non violent, alors que l'imam Dicko, à la tête du HCIM depuis 2008, incarne au Mali la tendance rigoriste inspirée par la doctrine wahhabite, en vigueur en Arabie saoudite.

"On ne peut pas parler d'islam au Mali sans Mahmoud Dicko" 

L'imam Dicko a mené ces derniers mois une fronde, notamment avec le chérif de la localité de Nioro, Bouyé Haïdara, contre le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, qui a fini par démissionner le 18 avril 2019 et dont le successeur n'a pas encore été désigné.

De son côté, Chérif Ousmane Madani Haïdara s'était abstenu de participer à la manifestation géante du 10 février dans un stade de Bamako où l'imam Dicko et le chérif de Nioro avaient appelé au départ du chef du gouvernement.

Ils reprochaient entre autres à ce dernier une approche laxiste de l'homosexualité ainsi que son incapacité à enrayer les récentes exactions contre les Peuls. Le 23 mars, 160 civils avaient été tués dans le village d'Ogossagou, par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons. Le massacre avait entraîné une série de manifestations hostiles au gouvernement.

Remettant en cause la "légitimité" du nouveau bureau du HCIM, Issa Kaou Djime, porte-parole du président sortant, a déclaré à l'AFP : "On ne peut pas parler d'islam au Mali sans Mahmoud Dicko et le chérif Bouyé de Nioro".

En ouverture du congrès, la veille de l'élection des nouvelles instances du Haut conseil, le chef de l'Etat malien Ibrahim Boubacar Keïta a remercié l'imam Dicko pour avoir "su assurer avec brio" sa fonction. "Vous restez un frère, malgré les divergences qui peuvent arriver, malgré nos fâcheries d'hommes", lui a-t-il lancé. Une manière pour lui de ménager une personnalité dont l'aura reste grande dans le pays et qui pourrait lui faire de l'ombre un jour ou l'autre.