Mali. A Gao, "des signes avant-coureurs d'un enlisement du conflit"

Attentats suicides, tireurs isolés... André Bourgeot, chercheur au CNRS, analyse la riposte des combattants islamistes face aux troupes franco-maliennes. 

Un soldat malien arrête un homme à Gao, le 11 février 2013, au lendemain des échanges de tirs entre l\'armée et les combattants jihadistes.
Un soldat malien arrête un homme à Gao, le 11 février 2013, au lendemain des échanges de tirs entre l'armée et les combattants jihadistes. (PASCAL GUYOT / AFP)

Après la progression fulgurante des armées française et malienne, les groupes islamistes contre-attaquent dans la ville de Gao depuis vendredi 8 février. Un début de guérilla qui soulève le risque d'un enlisement de la France au Mali. André Bourgeot, chercheur au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et spécialiste du pays, répond aux questions de francetv info.

Francetv info : Les derniers événements à Gao annoncent-ils un enlisement du conflit ?
André Bourgeot : La ville a toujours été stratégique pour le contrôle du nord du Mali. Et c’est l’endroit où le groupe islamiste Mujao [Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest] a toujours été le plus actif. Il n'est donc pas étonnant d'y rencontrer des poches de résistance. Attentats kamikazes, tirs isolés... Il n'y a rien de surprenant là-dedans. Les groupements terroristes utilisent régulièrement cette stratégie de harcèlement. 

Ces événements peuvent effectivement être le signe avant-coureur d’un enlisement. De plus, des éléments actuellement dormants apparaîtront sans doute lorsque les cellules terroristes le décideront. La conquête rapide du Nord-Mali n’a pas permis de sécuriser complètement la région. Du coup, des attentats de ce genre peuvent survenir aussi à Tombouctou ou à Kidal.

Laurent Fabius a annoncé, la semaine dernière, que l'armée envisageait un retrait dès le mois de mars. Cet objectif vous semble-t-il tenable ?
Cette annonce était curieuse. C'est assez surprenant d'offrir ainsi des informations à l’ennemi. Et cela semble entrer en contradiction avec les déclarations de François Hollande à Tombouctou, qui avait affirmé : "La France restera le temps qu’il faudra." Ce genre d’annonces n'est généralement pas sans conséquences. Il suffit de voir les répercussions des déclarations de l'Italien Romano Prodi [l’envoyé spécial de l’ONU au Sahel]. Il a déclaré, en novembre 2012, qu’une "action militaire dans le nord du Mali ne sera possible qu'en septembre 2013". Cette affirmation a poussé les islamistes à descendre rapidement vers le Sud. Et à provoquer l'intervention de la France.

Pensez-vous que l’armée malienne, aidée de la force africaine,  soit capable de prendre le relais dans un délai raisonnable ?
Pour l’heure, ce n’est pas possible. Il existe des problèmes d’organisation et de financement. La chaîne de commandement n’est pas restaurée et l’on a d'ailleurs vu des affrontements internes à l’armée malienne.

Par ailleurs, des problèmes d’ordre politique subsistent. Le président Dioncounda Traoré assure la transition, mais il n’a pas été élu. Il a un problème d’autorité face à l’Assemblée nationale malienne, et pourtant il reste le chef des armées. Sera-t-il en mesure de prendre les décisions ? Il reste d’autres inconnus, comme le silence étonnant du capitaine Sanogo, le putschiste du 22 mars 2012. Il y a de quoi être très inquiet sur l'avenir du Mali.