Coup d'Etat au Mali : des assises nationales pour tracer les contours d'une transition consensuelle

Les Maliens ont plutôt bien accueilli la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta, balayé par un coup d'Etat le 18 août 2020. Mais ils souhaitent que les militaires passent la main rapidement à un pouvoir civil.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, le 19 août 2020 à Bamako. En attendant la future transition, les putschistes le considèrent comme chef de l'Etat. (MALIK KONATE / AFP)

C'est un week-end d'intenses consultations politiques qui s'annonce à Bamako. Les assises nationales du 5 et 6 septembre réuniront autour de la junte les partis politiques, la société civile et les syndicats. Il s'agit de préparer le calendrier et les modalités du retour à l'ordre constitutionnel du Mali, après le coup de force du 18 août.

Ces concertations serviront à élaborer la feuille de route et la charte de la transition. Elles permettront de déterminer quels seront ses organes

Communiqué de la junte malienne

Pour l'instant, les militaires qui ont pris le pouvoir considèrent leur chef, le colonel Assimi Goïta, comme chef de l'Etat du Mali. Ils ont même fait publier "un acte fondamental" en ce sens au Journal officiel"Cet acte permet de prendre le président du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) comme le chef de l'Etat pour assurer la continuité de l'Etat", explique le porte-parole de la junte.

Le flou persiste sur les questions qui fâchent

Pour le reste, le flou reste total sur les questions qui fâchent, en particulier sur la durée de la transition et qui – civil ou militaire  devra la conduire. La junte a proposé initialement trois ans sous la conduite d'un militaire, avant de rabaisser la barre à deux. Le Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition regroupant des membres de l'opposition, de la société civile et des chefs religieux, qui a mené la contestation contre le président déchu, propose une transition de 18 à 24 mois, avec des civils aux manettes des institutions. Il y a enfin la position ferme de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui réclame une transition civile et des élections sous 12 mois.

C'est dire que les assises de Bamako ont du pain sur la planche. Elles devront répondre à plusieurs questions que se posent les Maliens au lendemain de ce quatrième coup d'Etat depuis l'indépendance de leur pays en 1960. Comment sortir de cette spirale de coups de force ? Quelle place pour les militaires et les religieux dans le Mali de demain ? Comment renouveler une classe politique jugée sclérosée et corrompue ? Et surtout, comment ne pas répéter les erreurs du passé ? Autant de questions auxquelles il faudra trouver une réponse.

"Revisiter les institutions maliennes"

Pour le chercheur malien Ibrahim Maïga de l'Institut d'études et de sécurité de Bamako, cette crise devrait donner l'opportunité de revisiter les institutions maliennes en évitant de trop se focaliser sur la durée ou sur les acteurs qui mettront en place la transition. "On peut le faire dans le cadre d'un débat constitutionnel qui permettrait aussi de toucher à des questions périphériques, comme la question de l'administration et du fonctionnement de l'Etat", explique-t-il.

L'autre élément important, c'est la question du système électoral. Pour que les élections soient plus crédibles et plus transparentes

Ibrahim Maïga, chercheur à l'Institut d'études de sécurité de Bamako

à RFI

Les groupes armés du Nord se positionnent

La junte qui exerce désormais le pouvoir à Bamako a déjà reçu des représentants des groupes armés du Nord, signataires des accords de paix d'Alger de 2015. Ils veulent, eux aussi, être impliqués dans le processus de transition et se positionnent parmi les prétendants aux responsabiltés à venir et notamment au sein du futur gouvernement.

Tout le monde en convient au Mali, il s'agit de sortir le pays du cycle infernal des coups d'Etat et de mettre un terme à l'exercice solitaire du pouvoir, l'une des principales critiques contre le président déchu, Ibrahim Boubacar Keïta. Mais pour les observateurs de la crise malienne, le succès de ces assises passe nécessairement par une appropriation de la feuille de route par les Maliens qui n'accepteront pas qu'une charte de la transition leur soit imposée par des partenaires extérieurs.

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