Afrique de l'Ouest: mercure et cyanure empoisonnent les chercheurs d'or illégaux

Ils arrivent en Côte d’Ivoire par milliers en provenance des pays voisins, avec l’espoir de faire fortune dans les mines d’or. Ils n’hésitent pas à manipuler des produits toxiques, parfois mortels, tels que le mercure et le cyanure. C’est toute l’Afrique de l’Ouest qui est concernée par ce fléau qui n'épargne pas les enfants, comme l’explique à Géopolis Juliane Kippenberg de Human Rights Watch.

Des orpailleurs clandestins sur une mine d\'or près du village de Gamina en Côte d\'Ivoire le 18 Mars 2015
Des orpailleurs clandestins sur une mine d'or près du village de Gamina en Côte d'Ivoire le 18 Mars 2015 (Photo Reuteurs/Luc Gnago)
Bagarres, règlements de compte, risques d’éboulement avec morts d’hommes, affrontements entre orpailleurs autochtones et étrangers... Les sites clandestins d’orpaillage sont des lieux dangereux. Les chercheurs d’or illégaux manipulent des produits toxiques tels que le cyanure et le mercure. Ils utilisent des explosifs qui dégradent la flore et la faune.
 
Ce sont aussi des espaces de promiscuité et de prostitution où la violence sexuelle est omniprésente. Selon Juliane Kippenberg qui a recueilli de nombreux témoignages des victimes : «Les filles travaillant dans l’orpaillage ou dans les restaurants proches sont souvent approchées par des orpailleurs adultes et exploitées sexuellement».
 
Des chercheurs d\'or illégaux sur une plantation de cacao à Bouaflé en Cote d\'Ivoire le 18 Mars 2014
Des chercheurs d'or illégaux sur une plantation de cacao à Bouaflé en Cote d'Ivoire le 18 Mars 2014 (Photo Reuters/Luc Gnago)

En Côte d’Ivoire,  le gouvernement a fait appel à la gendarmerie pour faire face à l’afflux des clandestins. Il veut organiser et encadrer ce secteur.
 
Entre mars et fin mai 2015, plus de 1000 installations anarchiques d’orpaillage ont été détruites. Les forces de sécurité ivoiriennes ont reçu l’ordre de saisir tout le matériel lié à l’exploitation et à la commercialisation du précieux métal.
 
L’opération a-t-elle des chances de stopper l’activité? Juliane Kippenberg, de Human Rights Watch, est plutôt sceptique. Pour elle, ces actions de fermeté doivent aller de pair avec «l’ouverture d’un dialogue avec les orpailleurs clandestins pour essayer de régulariser cette activité économique».
 
Une dame tient une pépite d\'or brut extraite d\'une mine près du village de Gamina en Côte d\'Ivoire le 7 Mai 2015
Une dame tient une pépite d'or brut extraite d'une mine près du village de Gamina en Côte d'Ivoire le 7 Mai 2015 (Photo Reuters/Luc Gnago)

De la Côte d’Ivoire au Mali, en passant par le Sénégal, le Burkina et le Niger, l’orpaillage clandestin est un moyen de lutte contre la pauvreté. Difficile d’interdire une activité qui fait vivre des milliers de familles. Même les jeunes enfants sont mis à contribution par leurs parents dès l’âge de six ans. «Ce n’est pas acceptable», s’indigne Juliane Kippenberg.
 
Selon ses estimations, entre 20.000 et 40.000 enfants travaillaient dans ce secteur en 2011 au Mali. Des enfants exposés à des produits hautement toxiques comme le mercure, un métal lourd utilisé pour séparer l'or du minerai. «Le travail des enfants sur les sites d’orpaillage persiste. L’utilisation du mercure est pratiquée à travers toute l’Afrique de l’Ouest. C’est une méthode facile et bon marché. Peu de gens savent que le mercure peut empoisonner et provoquer des problèmes de santé graves au niveau du cerveau notamment. Des Chinois ont importé le mercure de façon illégale au Ghana. Il est distribué facilement à partir de là.»
 
Un creuseur dans une mine d\'or à Bouaflé en Côte d\'Ivoire le 18 Mars 2014
Un creuseur dans une mine d'or à Bouaflé en Côte d'Ivoire le 18 Mars 2014 (Photo Reuters/Luc Gnago)

L’exploitation artisanale d’or échappe totalement au contrôle de l’administration dans toute la sous région ouest africaine.
 
Au Burkina, les orpailleurs sont estimés à 700.000. Ils seraient près de 200.000 au Mali…140.000 en Guinée et 50.000 au Sénégal. Ce sont en majorité des clandestins. Mais ils bénéficient de la complicité des responsables locaux qui profitent de leur travail en prélevant des droits sur leur production. 
 
Pour Juliane Kippenberg, «il n’y a pas de solution magique » pour arrêter les dégâts. Il faut, dit-elle, s’inspirer de l’expérience du Ghana où «une portion des sites est déjà formalisée et légalisée. Ce qui permet un contrôle plus régulier de l’Etat».
 
Elle appelle aussi les Etats concernés à ratifier la convention de Minamata qui oblige les gouvernements à prendre des mesures pour réduire l’utilisation du mercure.