Les pays du Sahel appellent à l'intervention en Libye

Le président nigérien Mahamadou Issoufou l’a rappelé lors de la visite du ministre français de la défense. La situation en Libye est explosive. Il réclame une intervention internationale afin d’éviter le chaos. Parallèlement, les négociations entre factions rivales sous l’égide de l’ONU ne reprendront pas comme convenu en ce début d’année.

(AFP)
Le président Mahamadou Issoufou est conscient que son appel à une intervention est aux antipodes de la position soutenue par les pays africains en 2011. A l’époque, «personne ne nous a consulté. Mais c’est nous qui payons les frais de la situation aujourd’hui.» a lancé le chef d’état nigérien.

En fait, en accord avec ses homologues du groupe des Cinq du Sahel (Tchad, Mali, Mauritanie, Burkina et Niger), le président voudrait une intervention pour neutraliser les groupes armés, notamment dans le sud de la Libye. Des groupes souvent djihadistes qui menacent la sécurité des pays du Sahel.
 
La France a pris la mesure de cette menace en installant une base avancée à Madama au nord du Niger pour contrôler ce qu’on appelle «l’autoroute du terrorisme». Mais François Hollande l’a rappelé le 5 janvier 2014, «la France n’interviendra pas en Libye parce que c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités».

Des enlèvements à répétition 
Ultime illustration de cette anarchie, les enlèvements se multiplient. Derniers en date, à Syrte dans le centre du pays. Vingt chrétiens coptes égyptiens ont été enlevés, semble-t-il par la milice islamiste Ansar Asharia. Cette dernière a été classée organisation terroriste par l’ONU en novembre 2014, en raison de ses liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Treize des otages ont été libérés lundi 5 janvier 2015.
 
En fait depuis la chute de Kadhafi, le pays est aux mains de milices qui se livrent à de féroces combats.
Schématiquement on a d’un côté le général Haftar et sa coalition, représentant du pouvoir légal, du moins ce qu'il en reste. De l’autre on trouve les katibas de tous poils, dont celles qui ont précipité à la chute de Kadhafi. Certains observateurs décèlent dans cette opposition, un affrontement nationalistes contre islamistes.
 
Mais cette analyse est rejetée par Patrick Haimzadeh dans Orient XXI. L’ancien diplomate français à Tripoli y voit surtout le sursaut du camp pro-Haftar. Le général, au mois de mai 2014, a lancé une offensive contre les milices islamistes. Or, la quasi totalité des responsables du camp Haftar, sont écartés des affaires par la loi d’exclusion politique. Celle ci met sur la touche quiconque a œuvré dans l’administration Kadhafi. Il ne s'agit pas tant de combattre les islamistes que de garder le pouvoir.
 
Ainsi, fuyant les combats de Tripoli, le gouvernement s’est réfugié à Tobrouk, le fief du général Haftar. Mais le parlement actuel a été élu par 10% de la population, ce qui le rend peu légitime aux yeux des milices islamistes, qui demandent sa dissolution.
 
Guerre totale
Haftar a perdu son bras de fer armé contre les islamistes à Benghazi, et s’est replié sur Tobrouk. La coalition de milices islamistes Aube de la Libye, a pris le contrôle de Tripoli cet été et entend pousser son avantage en s'installant à  Misrata, lourdement défendue par les forces de l’armée régulière.

Cette fois on s’approche d’une guerre totale, dans tous les coins du pays. Ainsi, les terminaux pétroliers de Ras Lanouf et Brega sont comme en 2011 au cœur des combats.
L'Occident soutient toujours le gouvernement de Tobrouk. Visiblement moins pressé d'intervenir qu'en 2014, il a juste fait pression pour l'ouverture de négociations entre les protagonistes.
 
Finalement, loin d’éliminer les islamistes, le général Haftar a juste réussi à faire basculer le pays dans le chaos.