La France accuse la Turquie d’acheminer des armes et des mercenaires syriens en Libye

Paris et Ankara sont de plus en plus en froid sur la question libyenne.

Un membre de l\'ANL, la force du maréchal Haftar, pointe son arme sur une photo du président turc Tayyip Erdogan.
Un membre de l'ANL, la force du maréchal Haftar, pointe son arme sur une photo du président turc Tayyip Erdogan. (ESAM AL-FETORI / X02867)

"Il y a des acteurs sans scrupules à l'intérieur et à l'extérieur de la Libye. Ils affirment pieusement leur soutien à l'ONU. En même temps, ils continuent par derrière à alimenter une solution militaire." Ces propos sont de Ghassan Salamé, l’émissaire onusien pour la Libye, s’adressant au Conseil de sécurité. Un Conseil de sécurité qui, depuis une semaine, discute d’un texte du Royaume-Uni réclamant un cessez-le-feu et une application stricte de l’embargo en Libye. Or, combattants et armement affluent sur Tripoli pour renforcer les troupes du Gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par l'ONU. Le président Macron a clairement dénoncé le coupable : la Turquie.

Selon des sources militaires françaises, le porte-avions Charles de Gaulle a repéré une frégate turque escortant un cargo acheminant de l’armement. En l’occurrence, des véhicules blindés de transport de troupes.

"Non-respect de la parole donnée"

"Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen, c’est en contravention explicite et gravissime avec ce que le président Erdogan s’était engagé à faire lors de la conférence de Berlin, c’est le non-respect de la parole donnée", a déclaré le président français.

En tout, deux frégates (quatre selon Le Monde) croisent dans les eaux libyennes, si proches qu’elles sont visibles de la côte. Le site spécialisé dans les questions militaires, Opex 360, pense qu’il s’agit de bâtiments tournés vers la défense aérienne. "On peut penser que leur présence vise à dissuader l’aviation du maréchal Haftar de lancer des raids sur Tripoli", écrit le site.

La réponse à la France n’a pas tardé. Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Hami Aksoy a déclaré que "le principal responsable des problèmes en Libye depuis le début de la crise en 2011, c'est la France".

Mais le camp adverse du GNA ne serait pas en reste. Les Emirats fournissent des armes au maréchal Haftar et là aussi, il y a pléthore de miliciens, Tchadiens et Soudanais en tête.

L'Afrique veut reprendre la main

Pendant ce temps, des leaders africains, réunis au sein du comité de haut niveau de l’Union africaine, tentaient à leur tour de trouver une solution au conflit lors d’une rencontre à Brazzaville, le 30 janvier 2020. L'Afrique, qui subit directement les conséquences du conflit en Libye, cherche à faire entendre sa voix dans le dossier libyen, après en avoir été tenue à l'écart depuis des années.

A l’issue du sommet, l’Algérie a proposé d’accueillir un "forum de la réconciliation nationale" entre protagonistes de la crise. Une proposition qui, pour l’heure, n’a pas provoqué beaucoup de réactions.