Libye. "Les salafistes cherchent des symboles occidentaux à bannir"

Fin connaisseur du pays, Patrick Haimzadeh analyse pour FTVi les attaques survenues à Benghazi mardi, qui ont causé la mort de l'ambassadeur américain.

Le consulat américain à Benghazi (Libye) en feu après avoir été attaqué par un groupe armé, le 11 septembre 2012.
Le consulat américain à Benghazi (Libye) en feu après avoir été attaqué par un groupe armé, le 11 septembre 2012. (ESAM AL-FETORI / REUTERS)

AFRIQUE - Lconsulat américain à Benghazi, situé dans l'est de la Libye, a été pris pour cible par des hommes armés, mardi 11 septembre, en début de soirée. L'ambassadeur des Etats-Unis dans le pays et trois autres membres du personnel diplomatique américain ont péri dans cette attaque à la roquette. Le bâtiment et la date, jour du 11e anniversaire des attentats du 11-Septembre, sont symboliques. Tout comme le motif de l'accès de violence : les manifestants protestaient contre un film américain offensant l'islam, selon eux.

Contacté par FTVi, Patrick Haimzadeh, chercheur spécialiste de la Libye, où il a occupé un poste diplomatique pendant plusieurs années, et auteur d'Au cœur de la Libye de Kadhafi (J.-C. Lattès), analyse cette flambée de violence.

FTVi : Mardi soir, des Libyens s'en sont pris au consulat américain de Benghazi. Selon vous, pourquoi ?

Patrick Haimzadeh : Cette attaque s'inscrit dans un phénomène de fond. Il s'organise depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi [en octobre 2011]. Les salafistes et les jihadistes libyens s'attaquent à tout ce qui symbolise l'Occident. Ces actes sont quasiment hebdomadaires et se multiplient. Le Comité international de la Croix-Rouge a notamment été la cible de plusieurs attaques. La dernière, qui a eu lieu le 5 août, était la cinquième à se produire en moins de trois mois dans les villes de Misrata et de Benghazi. Depuis la fin août, des mausolées musulmans sont détruits dans l'ouest de la Libye par des groupes d'islamistes extrémistes appartenant à la mouvance salafiste. Les médias semblent découvrir ces attaques, mais en fait, elles ont commencé en janvier 2011. Elles sont simplement plus visibles aujourd'hui. 

Cette fois, les manifestants se sont mobilisés pour dénoncer la diffusion sur internet d'un film autoproduit, Innocence of Muslims (L'Innocence des musulmans). Quel rôle a joué ce long métrage ?

Il ne s'agit que d'un prétexte, d'un élément déclencheur. Si ce film n'avait pas existé, des attaques auraient quand même eu lieu, d'une façon ou d'une autre. Les salafistes cherchent seulement des symboles occidentaux à bannir. C'est l'objectif du mouvement de fond qui est en train de se mettre en place, et c'est d'ailleurs en ce sens qu'il est inquiétant.

Justement, comment s'organisent ces assaillants ?

D'abord, ces extrémistes salafistes possèdent des armes car ils ont participé à la guerre civile libyenne [également appelée révolution libyenne] entre le 15 février et le 23 octobre 2011. Ils sont aussi bien entraînés. L'Etat, l'armée et la police ferment les yeux sur certains événements, de par leurs liens avec des mouvances islamistes. Par exemple, c'est un opposant de l'ancien régime de Mouammar Kadhafi, considéré comme proche des islamistes, qui a été élu [le 10 août] à la présidence de l'Assemblée nationale libyenne. Donc, pour l'instant, rien n'indique que les violences seront enrayées. Elles participent à l'instauration d'un climat malsain en Libye. Pourtant, une grande majorité de Libyens sont contre ces pratiques et ne partagent pas cette idéologie.