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Situation tendue en Centrafrique, l'ambassade de France visée par des manifestants

Des manifestants s'en sont pris à l'ambassade de France. Les rebelles demandent au régime de déposer les armes. Les explications de francetv info.

Article rédigé par Gaël Cogné
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Des soldats centrafricains dans les rues de Bangui, le 1er décembre 2007. (DAVID LEWIS / REUTERS)

En Centrafrique, des manifestants s'en sont pris à l'ambassade de France dans la capitale, mercredi 26 décembre. Bangui est menacée par la coalition rebelle Séléka qui a mis la main, depuis le 10 décembre, sur plusieurs villes stratégiques de l'est et du nord du pays.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a assuré en fin d'après-midi que le périmètre où se trouve la représentation française à Bangui avait été "sécurisé" à la suite de l'intervention de troupes françaises en renfort de gendarmes présents sur place. François Hollande avait ordonné plus tôt la protection de l'ambassade. Francetv info revient sur ce qui a provoqué ces tensions révélatrices d'une hostilité à l'égard de l'Hexagone dans un pays en proie à l'instabilité politique. 

Que s'est-il passé à Bangui ?

Plusieurs centaines de personnes ont lancé des projectiles sur l'ambassade française après un sit-in devant l'ambassade américaine pour dénoncer la situation dans le pays dont une partie est occupée par la coalition rebelle. Certains de ces projectiles ont brisé des vitres. Munis de sifflets et de branches de palmiers, ils ont scandé en sango, la langue nationale : "Nous voulons la paix, non à la guerre". L'ambassadeur de France, qui a protesté, a qualifié la manifestation de "particulièrement violente""Le drapeau français a été descendu de son mât et emporté par des manifestants", a-t-il souligné.

La représentation d'Air France a aussi été touchée par des projectiles. La compagnie aérienne a fait faire demi-tour mercredi à son vol hebdomadaire Paris-Bangui.

Que reprochaient les manifestants à la France ?

Ils accusent notamment Paris de passivité. "Nous sommes ici à l'ambassade de France, parce que c'est la France qui nous a colonisés. Mais la France a tendance à nous lâcher. On n'a plus besoin de la France, la France n'a qu'à prendre son ambassade et partir", a lancé une manifestante à un journaliste de l'AFP. Un autre a jugé que "la France n'a pas respecté la convention de défense avec la République centrafricaine. Nous dénonçons cette attitude".

D'après l'AFP, ces manifestants sont des proches du Kwa na kwa (le travail, rien que le travail), le parti du président centrafricain François Bozizé. Dans un entretien publié sur le blog Afrikarabia, un porte-parole des rebelles affirmait que le chef de l'Etat estimait que "la rébellion, qui sévit en Centrafrique est une rébellion 'de la France' et 'de François Hollande'". Ce porte-parole a démenti tout soutien extérieur à son mouvement : "Nous sommes une rébellion interne à la Centrafrique."

Par ailleurs, la France a un lourd passif avec la République centrafricaine. Ce pays abonné aux rébellions et coups d'Etat est une ancienne colonie, l'Oubangui-Chari. Jean-Bedel Bokassa, qui s'était autoproclamé empereur de la Centrafrique en 1976, a par exemple été renversé en 1979 avec le soutien de la France lors de l'opération Barracuda.

Quelle est la situation dans le reste du pays ?

Depuis quelques semaines, le président centrafricain semble impuissant à contenir l'avancée des rebelles. Sous-équipée, démotivée et mal organisée, l'armée régulière n'a opposé que peu de résistance à l'avancée du Séléka. La coalition a pris successivement Bria (ville diamantifère du centre), Bambari (ville aurifère du centre sud), avant de prendre Kaga Bandoro (centre nord) mardi. 


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La coalition a demandé mercredi dans un communiqué "à tous les fils et filles de Centrafrique, à tous les éléments de forces de défense et de sécurité encore fidèles au régime de François Bozizé (...) de déposer les armes immédiatement".

Les rebelles réclament "le respect" d'accords de paix conclus entre 2007 et 2011. Arrivés aux portes de Bangui, ils disent vouloir éviter, "par mesure de sécurité et de protection des populations civiles", de "mener la bataille de Bangui et d’y faire entrer [leurs] troupes, car le Général François Bozizé (...) a déjà perdu le contrôle du pays".

Pourquoi le voisin tchadien intervient ?

Venu au pouvoir avec le soutien du Tchad voisin, François Bozizé a fait appel à son allié. Un contingent de l'armée tchadienne, lourdement armée et aguerrie, est arrivé la semaine dernière comme "force d'interposition" et non d'attaque selon N'Djamena. Il est positionné sur le dernier axe routier menant à la capitale. Pour le moment, il n'a pas montré son intention de combattre les rebelles mais il fait figure de dernier rempart pour la capitale qui semble proche de sombrer dans la panique.

Le Tchad, principal soutien du régime à Bangui, est en froid avec la France. Le président Idriss Déby Itno a boudé le sommet de la francophonie à Kinshasa en novembre. Par ailleurs, à l'issue d'un entretien avec François Hollande, le 5 décembre, Idriss Déby a dénoncé la "confusion totale" qui entoure l'éventuel déploiement d'une force internationale au Nord Mali vivement souhaité par la France.

Quelles sont les conséquences humanitaires ?

"Nous avons constaté un mouvement sur le terrain devenu assez régulier avec la progression du Séléka, avec peu de blessés ou de conséquences humanitaires graves, mais des déplacements des populations par peur des combats", a développé un responsable du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bangui. Des ONG sur place s'inquiètent du sort de ces déplacés qui fuient leurs foyers par crainte de nouveaux combats.

Au moins 2 000 Centrafricains ont franchi le fleuve Oubangui qui borde la capitale pour se réfugier en République démocratique du Congo voisine, selon les autorités congolaises. "Il y a surtout des femmes et des enfants. Ces gens se sont sauvés face à l'avancée de la rébellion. Ils prennent des dispositions avant qu'elle n'arrive à eux", a expliqué un commissaire congolais.

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