Hollande en Algérie, le VRP des entreprises françaises

En visite à Alger, François Hollande va aussi défendre les intérêts économiques français. Et prôner des partenariats renforcés.

François Hollande est arrivé à Alger mercredi 19 décembre 2012. On le voit ici avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika.
François Hollande est arrivé à Alger mercredi 19 décembre 2012. On le voit ici avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika. (FAROUK BATICHE / AFP)

François Hollande n'est pas le seul à s'intéresser à l'Algérie, où il se déplace ces 19 et 20 décembre. Depuis quelques semaines, le pays est très courtisé. Chefs d'Etat et hauts responsables défilent à Alger. Le 29 octobre, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a passé quelques heures dans la capitale pour rencontrer le président Abdelaziz Bouteflika. Le 14 novembre, c'était au tour du président du Conseil italien, Mario Monti, de faire le déplacement. Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, devrait s'y rendre pour un sommet algéro-espagnol prévu en janvier, indique le ministère des Affaires étrangères algérien.

Dans les déclarations finales, il est souvent question de la crise malienne, qui concerne directement l'Algérie. Mais ce n'est pas la seule raison de ce ballet. L'Algérie, pays de 37 millions d'habitants assis sur une manne d'hydrocarbures certes déclinante mais avec un énorme potentiel en énergie solaire, intéresse l'Europe en crise. De plus, l'Etat est endetté à moins de 10% du PIB et a "une situation financière solide", relève le groupe Coface, qui propose des solutions d'assurance-crédit pour les entreprises. En clair, "l'Algérie est un pays solvable qui a un matelas de devises et paye cash", explique Hasni Abidi (1), directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). Enfin, "l'Etat a résisté à une guerre civile et il est toujours debout, sans parler de la position géostratégique" de l'Algérie, souligne Hasni Abidi. Une stabilité séduisante dans un Maghreb mouvementé.

Le premier partenaire de la France en Afrique

Dans ce contexte, le président Hollande vient défendre les liens économiques étroits entretenus par les deux pays. Quelque 450 entreprises françaises y sont implantées (soit 35 000 salariés). A Alger, le métro est RATP, l'eau est Suez, l'aéroport ADP (Aéroports de Paris), les murs bien souvent en béton Lafarge et de nombreux bâtiments Bouygues ou Vinci. C'est simple, la France est le premier fournisseur de l'Algérie (15% de part de marché) et son quatrième client, selon un document de l'ambassade de France (PDF). Sur le continent africain, l'Algérie est le premier partenaire de la France. Alors, dans son avion, François Hollande a embarqué une trentaine de grands patrons, et une quinzaine de contrats sont escomptés à l'issue des discussions qui se dérouleront au Sheraton d'Alger.

Mais depuis quelque temps, la France se fait "tailler des petites croupières par la Chine, l'Espagne et l'Italie", remarque Saad Khiari, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Ces pays sont "venus prendre des parts de marché qui étaient un peu la chasse gardée des entreprises françaises". Selon lui, elles n'ont pas été "assez audacieuses par rapport aux Chinois ou aux Espagnols qui ont pris des risques pendant la guerre civile" des années 1990.

Hollande vient vendre la "colocalisation"

En Algérie, pays peu industrialisé où le taux de chômage atteint plus de 20% chez les jeunes, on a parfois la dent dure avec la France, accusée de ne pas assez investir et délocaliser, se contentant de vendre sa production. Difficile pour Paris de prôner la délocalisation en période de crise.

Pour sortir de l'impasse, les socialistes ont désormais un mot à la bouche : la "colocalisation". L'idée consiste à développer des partenariats stratégiques "gagnants-gagnants" entre le Maghreb francophone et la France. "Soit on considère qu'on se pille les uns et les autres, soit on va vers la colocalisation dans un espace francophone", explique ainsi le député PS des Français au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, Pouria Amirshahi. Il s'agirait, pour lui, d'entretenir des partenariats privilégiés comparables à ceux que l'Allemagne a su développer avec les Hongrois, Tchèques et Polonais après la chute du mur de Berlin.

En bref, délocaliser, non pour perdre des emplois, mais pour mieux en créer et réindustrialiser. Déjà, Renault a confirmé qu'il investirait dans une usine près d'Oran pour produire la Symbol, un modèle dérivé de sa Logan low-cost qui devra être vendu sur un marché local en plein boom, mais pas en Europe. L'usine sera détenue à 51% par l'Etat algérien, conformément à la législation locale.

Un pays "bloqué"

Reste que tout n'est pas rose en Algérie. C'est aussi "un pays bloqué", remarque un consultant en management du risque. L'après Bouteflika est incertain et il règne selon lui une ambiance de "fin de régime". La législation n'est pas très attractive et la corruption est endémique. Le pays se classe 105e sur 134 à l'indice de corruption de l'ONG Transparency international, derrière des pays comme la Colombie ou le Gabon. "La corruption est visible dans le quotidien et pour faire du business, il faut avoir du sang-froid."

(1) Auteur de Où va le monde arabe ? Les enjeux de la transition.