Guinée : "les caisses sont vides", le nouveau Premier ministre dénonce la mauvaise gouvernance sous la présidence d’Alpha Condé

Cinq mois après le coup d'Etat qui a chassé Alpha Condé, le premier ministre Mohamed Béavogui défend la nécessité d’avoir du temps pour reconstruire les institutions du pays avant de pouvoir aller à des élections crédibles.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
Temps de lecture : 2 min.
L'homme fort de la junte guinéenne, le Colonel Mamady Doumbouya, devenu président de transition, prête serment devant le parlement. Conakry, le 1er octobre 2021. (CELLOU BINANI / AFP)

Quatre mois après son arrivée à la tête du gouvernement guinéen, le Premier ministre Mohamed Béavogui a dressé un sombre tableau de l’état de son pays. Dans un entretien accordé à la télévision publique le 26 janvier 2022, il accuse l'ancien gouvernement d’Alpha Condé de n'avoir pas reversé au trésor public des recettes de bauxite, principal produit d’exportation du pays.

470 millions d'euros de factures impayées

Présenté comme un homme compétent et intègre, l’économiste Mohamed Béavogui a été nommé en octobre 2021 à la tête du gouvernement par le colonel Mamady Doumbouya, nouvel homme fort de la Guinée après avoir chassé, par un coup d’Etat, l’ancien président Alpha Condé.

Dans une interview au Journal "Le Monde", le Premier ministre guinéen explique pourquoi "les caisses de l’Etat sont vides". "Nous avons fini 2021 avec un stock d’arriérés de paiement, des factures non payées, de 4 700 milliards de francs guinéens, environ 470 millions d’euros, près d’un quart du budget national. Cela signifie que les ressources destinées au fonctionnement de l’Etat et du pays en général sont parties ailleurs. Pourtant, selon le Fonds monétaire international, la production de bauxite de la Guinée se chiffrait à près de 4 milliards de dollars en 2020. Les ressources fiscales qui devaient aller vers le Trésor passaient par des tuyaux percés de tous les côtés."

Dans son audit des finances publiques Mohamed Béavogui constate "qu'entre le 5 septembre 2021 (date du coup d'Etat) et fin octobre 2021, la masse salariale de l’Etat Guinéen a fortement augmenté". 

"Le nombre de fonctionnaires a augmenté de 4 500 agents en un mois alors qu'officiellement on n'avait recruté personne"..."J'ai demandé un audit pour me rendre compte qu'on avait deux fichiers : le fichier de la paye et le fichier des effectifs. Les deux fichiers ne correspondaient pas. Donc, on ne savait pas qui on paye."

Le Premier ministre guinéen Mohamed Béavogui

Journal "Le Monde"

"Ce que nous demandons, c’est une administration qui pense à autre chose qu’à s’enrichir. En Guinée, les hommes les plus riches sont les fonctionnaires de l’Etat. Il nous faut des finances publiques correctement gérées. Qu’enfin ce pays profite de ses ressources." affirme-t-il dans Le Monde interrogé par le journaliste Christophe Châtelot.

"Refonder les institutions démocratiques"

Mohammed Beavogui défend également ce qu’il appelle le "contre-coup d’Etat" de Mamady Doumbouya et demande de l'aide et du temps pour reconstruire les institutions guinéennes avant de pouvoir aller aux élections dans de bonnes conditions.
"Notre objectif est de créer un modèle de société doté d’institutions démocratiques basées sur l’équité, la justice, la transparence, avec des mécanismes irréversibles." "Notre feuille de route repose sur trois piliers. Le plus important est politique, mais ce n’est pas suffisant sans un bon système judiciaire, sans une bonne administration, sans une bonne gestion des ressources publiques et sans un minimum d’infrastructures pour nous permettre d’aller vers de bonnes élections."
Le colonel Doumbouya a promis de rendre le pouvoir aux civils après des élections, mais aucune date n’a été fixée.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Guinée

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.