Tigré : l'aide humanitaire arrive au compte-gouttes

Il faudrait 100 camions chaque jour pour transporter l'aide alimentaire. Mais faute de routes sécurisées, seulement 10% de la nourriture ont été livrés à la population.

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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Un camion est chargé à Mekele, la capitale du Tigré, pour livrer des sacs de farine à des personnes déplacées qui ont fuit les violences. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Seuls 10% de l’aide humanitaire parviennent dans la région du Tigré en Ethiopie alerte Samantha Power, la directrice de l’Agence américaine d'aide internationale (USAID).
Or, selon l’ONU, plus de 400 000 personnes ont franchi le seuil de la famine dans la région, et 1,8 million s'en rapprochent dangereusement. Quand 5 millions de personnes, soit la quasi-totalité de la population du Tigré, vivent grâce à une aide internationale.

Pourtant la nourriture ne manque pas, à en juger par un tweet de Samantha Power où elle présente un entrepôt contenant 58 000 tonnes d’aide alimentaire.

(Cet entrepots en Ethiopie contient 58 000 tonnes de nourriture fournie par USAid, pour nourrir les gens tant au Tigré qu'ailleurs dans le pays. Nos appels pour un accès humanitaire sans entrave ne sont pas rhétoriques. Nous voulons que cette nourriture atteigne au plus vite les personnes qui en ont besoin pour survivre.)

L’aide ne manque pas, mais faute de routes sûres, les camions ne se rendent pas au Tigré. Selon Martin Griffiths, chef des opérations humanitaires de l’ONU, 100 camions devraient entrer chaque jour au Tigré pour répondre à la demande.

"Entre mi-juillet et le 2 août, selon les Nations unies, ce qui était nécessaire c'était 1 500 camions. Or le nombre de camions qui ont roulé et ont pu passer est de 153. C'est 10% des besoins", a déclaré la cheffe de l'USAID Samantha Power.

Seulement 153 camions ont livré

Selon l'agense onusienne OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires, le dernier convoi composé de 50 camions a rejoint Mekele le 12 juillet. Le 18, un autre convoi de 10 camions a été attaqué dans la région de l'Afar alors qu'il faisait route vers Mekele. Un camion a été en parti pillé et un chauffeur a été dérobé de ses effets personnels.
Toutes les routes du Tigré depuis la région de l'Amhara sont fermées en raison de combats réguliers. la seule route possible traverse l'Afar, à l'est du Tigré, mais les conditions de sécurité se détériorent.

Déjà au printemps, les autorités éthiopiennes avaient fait état d'attaques contre des travailleurs humanitaires. Des chauffeurs de camion ont été tués afin de piller les cargaisons destinées "aux populations dans le besoin", selon les autorités.

Dans ce contexte, les humanitaires renvoient les belligérants dos à dos, tant les forces gouvernementales, que celles du Front de libération du peuple du Tigré qui ont repris l’offensive. Exsangues il y a peu, les rebelles ont récupéré leur capitale Mekele, à la faveur d’un cessez le feu unilatéral décidé par Addis-Abeba. Puis ils ont poussé leur avantage vers les régions voisines d'Amhara (au sud) et d' Afar (est). "Pour que l'aide parvienne à tous ceux qui en ont besoin au Tigré, alors TOUTES les parties doivent cesser les hostilités", précise Samantha Power.

Des ONG bannies

Pour ne rien arranger à la situation humanitaire, trois ONG dont la branche néerlandaise de MSF et le Norwegian Refugee Council (NRC) se sont vues retirer leur agrément pour trois mois par le gouvernement d’Addis-Abeba. Il leurs est reproché, entre autres, d’avoir propagé de fausses informations sur les réseaux sociaux.

Dans un communiqué, MSF s’inquiète des conséquences pour la population de cette décision. "L’accès aux soins dans ces régions est déjà limité. L’impact d’une nouvelle réduction des services en raison d’une suspension arbitraire, aura de lourdes conséquences sur les populations que nous aidons".

Les deux ONG ont reçu de nombreux soutiens, notamment de l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU. "Cette suspension est inacceptable", écrit-elle. "Je connais bien le travail de MSF et de NRC, et ils ont une réputation internationale.L'ethiopie doit revoir sa décision".

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