Egypte : Sissi provoque la colère d’Erdogan avec l'exécution de neuf Frères musulmans

Le président turc s’en est pris vivement à son homologue égyptien et à l’Europe après la pendaison de neuf  membres présumés des Frères musulmans, condamnés à mort pour l’assassinat, en 2015, d’un procureur général. 

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (à droite) et le président du Conseil européen, Donald Tusk (à gauche) assistent à la séance de clôture du premier sommet conjoint de l\'Union européenne et de la Ligue arabe à Charm el-Cheikh, le 25 février 2019.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (à droite) et le président du Conseil européen, Donald Tusk (à gauche) assistent à la séance de clôture du premier sommet conjoint de l'Union européenne et de la Ligue arabe à Charm el-Cheikh, le 25 février 2019. (KHALED DESOUKI / AFP)

Au point mort depuis la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi issu de la confrérie des Frères musulmans par l’armée égyptienne, dirigée alors par celui qui n’était encore que le général Sissi, les relations entre Ankara et Le Caire viennent d’enregistrer une dégradation supplémentaire.

Neuf exécutions pour le meurtre d'un haut magistrat égyptien

Le président Recep Tayyip Erdogan ne décolère pas depuis la pendaison le 20 février 2019 de neuf hommes condamnés à mort pour le meurtre du plus haut magistrat du parquet égyptien. Le procureur Hicham Barakat avait été tué en juin 2015 dans l’explosion d’une voiture piégée au passage de son convoi au Caire.

L'attentat avait été revendiqué par le groupe de "la Résistance populaire de Guizeh", mais la police avait annoncé par la suite l’arrestation des responsables, affirmant qu’ils étaient membres des Frères musulmans.

Trois jours après ces exécutions, le président turc s’est emporté contre son homologue égyptien affirmant qu’il refusait de s’entretenir avec "quelqu’un comme lui". "Dernièrement, ils ont tué neuf jeunes gens. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut accepter", a-t-il déclaré lors d'un entretien aux chaînes de télévision turques CNN-Türk et Kanal D, non sans ironiser sur "un système autoritaire, voire totalitaire".

Bien sûr, on va nous dire que c'est une décision de la justice. Mais là-bas, la justice, les élections, tout cela, c'est des bobardsRecep Tayyip Erdogan

Le président Erdogan, qui qualifie le président Sissi de "putschiste" et fait le parallèle entre le renversement de son allié, l’ex-président Morsi, et la tentative de putsch contre sa personne en 2016, en a profité pour appeler à la libération de tous les prisonniers issus des Frères musulmans toujours détenus en Egypte.

Le 26 février 2019, le président turc revient encore sur l’affaire en s’en prenant également à l’Union européenne cette fois-ci, pour avoir participé à un sommet avec des dirigeants arabes à Charm el-Cheikh. "Pouvez-vous encore parler de démocratie dans les pays de l'Union européenne qui viennent de participer à un sommet avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi qui a fait exécuter neuf jeunes gens la semaine dernière ?", a déclaré M. Erdogan.

Ankara dénonce l'"hypocrisie" de l'UE

"Il n'est pas possible de comprendre cela. L'UE n'est pas sincère", a ajouté le président turc, lors d'un discours à Giresun, dans le nord. "L'histoire se souviendra de cela."

Peu auparavant, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu avait dénoncé l'"hypocrisie" de l'UE pour avoir participé "après l’exécution de neuf jeunes gens" à ce sommet qui s'est tenu les 24 et 25 février dans l'est de l'Egypte. "Par contre, ils disent que si la Turquie réintroduit la peine de mort, ils feront ceci ou cela", a-t-il ajouté.

La colère d’Ankara ne semble toutefois pas avoir impressionné le président Sissi. En plein sommet UE/Ligue arabe et en réponse aux premières salves du président turc, il a défendu la peine capitale appliquée en Egypte.

"Nous avons deux cultures différentes", a déclaré le président égyptien. "La priorité en Europe est de réaliser et de maintenir le bien-être de sa population. Notre priorité est de protéger nos pays et de les préserver de l'effondrement, de la destruction et de la ruine, comme on le constate dans de nombreux pays alentour", a-t-il argumenté.