Egypte : "Je continuerai mon travail de photojournaliste", promet Shawkan après sa libération

En prison depuis 2013, Mahmoud Abu Zeid, dit Shawkan, a été libéré le 4 mars 2019, au Caire. Devenu un symbole de la lutte contre la représsion du pouvoir égyptien vis-à-vis des médias, il reste soumis à contrôle judiciaire pendant 5 ans, mais va faire appel.

Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, connu sous le nom de Shawkan, chez lui, dans la capitale du Caire, le 4 mars 2019, jour de sa libération de prison où il a passé six ans.
Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, connu sous le nom de Shawkan, chez lui, dans la capitale du Caire, le 4 mars 2019, jour de sa libération de prison où il a passé six ans. (KHALED DESOUKI / AFP)

"C'est comme si je volais." Ce sont les mots qu'a prononcés Shawkan à sa sortie de prison, tout sourire devant les caméras qui filmaient, à l'aube, l'événement.

Poursuivi pour "meurtre, tentative de meurtre et appartenance à un groupe terroriste", le photoreporter risquait la peine de mort, ce qui avait suscité une grande campagne de mobilisation de Reporters sans frontières (RSF) en avril 2018. 

Son arrestation a eu lieu, le 14 août 2013, alors qu'il suivait une manifestation des partisans de l'ex-président islamiste Mohamed Morsi, un rassemblement violemment réprimé par les forces de l'ordre égyptiennes.

La prison, "une expérience"

"Nous avons été arrêtés dans les premières 30 ou 40 minutes" après le début des affrontements avec la police, se souvient Shawkan. Lors d'une interview, accordée à l'AFP chez ses parents, il décrit la prison, comme "une expérience" qu'il ne pourra "jamais oublier".

A 31 ans, il se dit déterminé à poursuivre son activité. "Je continuerai mon travail de photojournaliste", promet-il. A ses côtés, sa mère Reda Mahrous, 61 ans, déclare quant à elle lui avoir "toujours dit d'éviter les ennuis". Ce à quoi il répondait, selon elle, "j'ai le journalisme dans le sang".

A l'annonce de sa libération, la directrice des campagnes d'Amnesty International pour l'Afrique du Nord, Najia Bounaim, a déclaré dans un communiqué : "La remise en liberté longtemps attendue de Mahmoud Abu Zeid met fin à son calvaire et à celui de sa famille. En tant que prisonnier de conscience, il n'aurait pas dû passer une minute derrière les barreaux, encore moins cinq ans et demi."

Prix mondial de la liberté de la presse en 2018

Sa condamnation officielle a cinq ans de prison a été prononcée par un tribunal égyptien, en septembre 2018. Si cette peine dépasse de plusieurs mois la durée de sa détention, c'est que sa situation n'avait pas été régularisée avec l'administration pénitentiaire au moment où le verdict est tombé.

Shawkan a fait appel de cette condamnation et fera de même concernant les conditions de son contrôle judiciaire. Celui-ci lui impose de rentrer dormir chaque soir au commissariat de son quartier.

En mai 2018, l'Unesco lui a décerné le Prix mondial de la liberté de la presse

Une partie des 214 autres Egyptiens qui, comme lui, avaient écopé d'une peine de prison de cinq ans, ont également été remis en liberté, le 4 mars 2019. Sur plus de 700 personnes jugées en septembre 2018, environ 75, dont des dirigeants membres et responsables de la confrérie des Frères musulmans, ont été condamnées à mort.

Elu président en 2014, Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l'armée et architecte de la destitution de Mohamed Morsi, a entamé son deuxième mandat en 2018. "La situation de la liberté de l’information est extrêmement préoccupante en Egypte", 161e pays au classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2018, soit sept ans après la révolution du 25 janvier 2011.