Tourisme et agriculture, les deux piliers de l’économie marocaine gravement menacés par la sécheresse

Pays fortement dépendant de son secteur agricole, le Maroc affronte un sévère déficit des pluies affectant ses ressources en eau.

Grande palmeraie de Skoura, au Maroc. Un homme à moto passe devant des palmiers desséchés par le manque d\'eau. Photo prise le 27 Janvier 2020.
Grande palmeraie de Skoura, au Maroc. Un homme à moto passe devant des palmiers desséchés par le manque d'eau. Photo prise le 27 Janvier 2020. (FADEL SENNA / AFP)

L’arrivée du Covid-19 au Maroc risque de mettre rapidement à terre l’industrie touristique du pays. Mais c’est le manque de pluie qui suscite depuis plusieurs semaines une grande inquiétude dans le pays. Partout, les agriculteurs scrutent le ciel en espérant que la fin du mois de mars sera plus favorable, car il n’y a pas eu de précipitations depuis l’automne.

La saison agricole en cours est marquée par une importante baisse des précipitations, de "141 mm contre une moyenne de 254 mm au cours des 30 dernières années", soit un déficit de 45% par rapport à une année normale, a indiqué le ministre de l'Agriculture, Aziz Akhannouch. Les "retenues des barrages ont connu une baisse significative", a aussi souligné le ministre, tout en affirmant que l'état des récoltes d'automne restait "satisfaisant" mais dépendrait des précipitations à venir.

Secteur clé de l'économie marocaine, l'agriculture est le premier contributeur au Produit intérieur brut (14%), devant le tourisme et l'industrie. "Aujourd'hui avec une sécheresse aussi forte, combinée à un épuisement des ressources hydrauliques, il y a là une année particulièrement dure pour les agriculteurs, et par conséquent pour l'économie", souligne Ahmed Lahlimi, le patron du Haut-commissariat au plan (HCP, chargé des statistiques officielles).

Pour le moment, les mesures d'économie d'eau concernent essentiellement le sud du Maroc, où le niveau des barrages est particulièrement bas.

La raréfaction des ressources en eau est aggravée par la surexploitation des nappes phréatiques, alors que le Maroc figure sur la liste des pays au "stress hydrique élevé", selon différentes études. Avec le cumul des années de sécheresse, "les Marocains ont de quoi boire pour 8 à 12 millions de personnes, (...) c'est-à-dire pas grand chose" pour un pays de 35 millions d'habitants, s'inquiétait un récent éditorial du quotidien marocain L'Economiste.

Même si le royaume s'efforce de diversifier son économie, son PIB reste lié à ce secteur tributaire des caprices du climat. Résultat : la croissance du pays varie chaque année selon les pluies. Les petits éleveurs souffrent de la flambée des prix du fourrage. Et une mauvaise saison agricole pourrait faire encore monter les prix.

Un retournement économique brutal

Le tourisme, l’autre pilier de l'économie marocaine, se portait merveilleusement bien jusqu’à l’arrivée du Covid-19, qui va tout chambouler.

Depuis le 16 mars 2020, le Maroc a interdit tout rassemblement. Restaurants, magasins, mosquées, hammams sont fermés pour 45 jours. L’industrie touristique risque rapidement de s’effondrer, mais les Marocains ne l’ont pas encore réellement ressentis. Ces derniers jours, les touristes qui le pouvaient ont quitté le pays, tandis que d’autres restent confinés dans les hôtels. Même si le nombre de contaminations est à ce jour limité (quelques dizaines), les annulations de voyages commencent à peser sur le secteur.

Le Salon international de l'agriculture du Maroc, rendez-vous phare de l'agriculture prévu du 14 au 19 avril 2020, a été annulé par mesure de précaution sanitaire.

Moins de travail dans le tourisme ou dans l’agriculture signifie du jour au lendemain moins de revenus, car il n’y a aucune assurance chômage ou d'allocation minimale. Pas non plus de sécurité sociale : les plus pauvres ne pourront donc pas se soigner et acheter leurs médicaments en cas de forte poussée du coronavirus. Une catastrophe sanitaire et économique s'annonce au Maroc aussi. Les seules bonnes nouvelles seraient la fin rapide de l’épidémie et l’arrivée de la pluie. Sinon l’économie marocaine risque rapidement de collapser. En attendant, les Marocains continuent de regarder le ciel.