Sierra Leone: les débuts difficiles du président Bio

Trois mois après avoir prêté serment et formé son gouvernement, le président Julius Maada Bio se retrouve en butte à l'impatience de la population, excédée par la hausse des denrées de base. Le président sierra-léonais a pris en charge la gouvernance d’un pays lesté par une dette de 6,6 milliards de dollars et confronté à un effondrement des exportations de minerai de fer.

Investiture du président sierra-léonais Maada Bio, le 12 mai 2018 à Freetown.
Investiture du président sierra-léonais Maada Bio, le 12 mai 2018 à Freetown. (SAIDU BAH / AFP)

Trois mois après son arrivée au pouvoir, l'état de grâce est déjà terminé pour le président Bio. Le président sierra-léonais et son gouvernement ont connu le 18 juillet 2018 leur première manifestation contre la suppression des subventions sur l'essence, qui a entraîné une hausse immédiate des prix à la pompe.

Cette décision impopulaire fait partie d'un train de mesures budgétaires présentées le 13 juillet, mais négociées par le gouvernement précédent avec le Fonds monétaire international (FMI) et différées.

Avec une inflation de plus de 15% depuis plusieurs mois, le gouvernement doit s'attaquer à l'augmentation des prix des denrées de base qui réduit le pouvoir d'achat de la population, déjà très pauvre.

«Le riz, la farine, le sucre et même le poivre au marché sont devenus hors de prix pour nous», affirme Hawa Bangura, une mère qui élève seule ses trois enfants interrogée par l'AFP.

A cette inflation galopante, s'ajoute la suspension des activités de Shandong Steel, principal exportateur de minerai de fer du pays. Le gouvernement a dû baisser sa prévision de croissance de 6,1% à 3,7% en raison de la cessation d'activité de plusieurs mines de fer, provoquée par la chute des cours mondiaux.

Sur le marché de Freetown, les prix des denrées de base augmentent de 15% chaque mois.
Sur le marché de Freetown, les prix des denrées de base augmentent de 15% chaque mois. (AFP PHOTO / MARCO LONGARI)

Poids de la dette
Le pays se débat également avec une dette intérieure de 5 milliards de dollars et une dette extérieure de 1,6 milliard. Les arriérés de l’Etat envers les entrepreneurs et les fournisseurs locaux s’élevent à 1,4 milliard de dollars. Un endettement devenu insoutenable et qui pèse sur les dépenses de l'Etat.

Avec un tel héritage, la priorité du président Bio a été de renforcer les recettes fiscales. Comme il s'y était engagé lors de sa campagne électorale, Julius Maada Bio a lancé une lutte vigoureuse contre la corruption et le gaspillage des fonds publics. Revenant notamment sur les exonérations d’impôts accordées aux sociétés minières.
 
Ces recettes fiscales nouvelles doivent permettre d’assurer le paiement des fonctionnaires, de la police et de l’armée. Des économies ont été réalisées sur le train de vie de l’Etat, avec la suppression de 2118 postes de personnes arrivant à la retraite, compensée en partie par le recrutement de 1600 nouveaux enseignants.

Lutte contre la corruption
Au cours des 100 premiers jours, le gouvernement a commencé à renforcer la discipline budgétaire et à baisser des dépenses publiques. Il a, par exemple, mis fin aux frais de téléphones privés et aux livraisons de carburant aux résidences des fonctionnaires, sauf pour le président, le vice-président, le procureur général, le juge en chef et le président du Parlement et leurs adjoints respectifs.

A la suite de la publication le 4 juillet d'un rapport accablant sur la «corruption galopante» sous le gouvernement précédent, cinq responsables de l'administration sortante ont été arrêtés et inculpés. Le gouvernement s’est également engagé dans une campagne pour lutter contre la pêche illégale, avec des amendes importantes imposées aux navires de pêche.

Priorité à l’éducation
Ce n'est qu'à la rentrée des classes, en septembre, que l'administration Bio peut espérer regagner en popularité, avec l'entrée en vigueur de sa mesure phare: l'éducation primaire et secondaire gratuites pour tous les enfants, grâce notamment à un financement de 40 millions de dollars de la Banque mondiale.

Et pour convaincre les familles les plus pauvres d'envoyer leurs enfants à l'école plutôt que de les faire travailler, le gouvernement a prévu le versement d'une aide en espèces aux familles sous condition d'assiduité des enfants.