La fripe en Afrique, un marché qui fait vivre des dizaines de milliers de familles

En 2018, la France a exporté 130 000 tonnes de vêtements usagés, dont près de la moitié vers l'Afrique, son premier "marché".

Un petit vendeur de fripes sur le marché d\'Abuja, capitale du Nigeria. Un marché qui fait vivre des dizaines de grossistes et des milliers de petits détaillants.
Un petit vendeur de fripes sur le marché d'Abuja, capitale du Nigeria. Un marché qui fait vivre des dizaines de grossistes et des milliers de petits détaillants. (AFOLABI SOTUNDE / X02098)

Chque Français se débarrasse en moyenne de 12 kg de vêtements chaque année. La moitié, inutilisable, est recyclée en chiffons ou incinérée. Après avoir été collectés et triés en fonction de leur qualité, les plus beaux lots sont revendus sur le marché français. Le reste se retrouve en Afrique par conteneurs entiers. Ces fripes habillent aujourd'hui une bonne partie des Sénégalais, Burkinabè, Togolais ou encore Malgaches et elles font vivre une multitude de petits revendeurs locaux.

La plupart des acteurs du secteur sont des associations à vocation sociale : le Secours catholique, la Croix-Rouge, l’Association des paralysés de France ou encore le Relais, entreprise de collecte de vêtements et de réinsertion proche d’Emmaüs.

Du Sénégal à Madagascar, on porte de la fripe dans tous les milieux sociaux, des plus démunis, qui s’habillent ainsi à bon marché, aux plus inventifs qui souvent revisitent ces vêtements. Des habits "customisés" ou juste remis en état qui, parfois, reviennent en France distribués dans les boutiques branchées.

Sur le marché de Colobane, plus grand marché de la fripe de Dakar, on trouve des vêtements venus de toute l’Europe, et même du Canada et des Etats-Unis, gros exportateur de vêtements de seconde main.

Une économie circulaire avec des milliers d'emplois à la clé

Au Sénégal, les grossistes s'approvisionnent notamment auprès du Relais. Celui-ci leur fournit quelque 500 tonnes par an de vêtements triés en France. L’association est également implantée depuis 2006 à Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de la capitale sénéglaise, où ses 51 employés se chargent de trier de 200 à 250 tonnes d'habits mélangés supplémentaires. "Ce sont des balles de vêtements mélangés qui arrivent ici dans notre entrepôt, les pièces sont triées selon leurs catégories (robes, chemises, etc.), puis en fonction de leur qualité et de leur niveau d'usure", explique à l'AFP Mme Vyvermans, numéro deux du groupe Relais au Sénégal. "Les bénéfices sont investis dans des projets locaux de développement et dans les salaires des employés, majoritairement des femmes", ajoute-t-elle.

Pour acheter, par exemple, une balle de 45 kg de jean, il faut débourser entre 50 000 et 70 000 francs CFA (entre 76 et 106 euros). Le double pour les maillots de football, très prisés par la jeunesse africaine. Cela permet de payer la manutention, le tri, les frais de douane et de transport ainsi que quelques intermédiaires. Un T-shirt, acheté 300 francs CFA (0,45 euro) par un grossiste, pourra se revendre entre 600 et 700 CFA sur les étals du marché.

Fripes européennes ou T-shirts chinois

Dans le même temps, les entreprises du secteur textile et de l'habillement "ont disparu du Sénégal et des autres pays de la sous-région", souligne l'économiste Ahmadou Aly Mbaye, professeur à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, interviewé par l’AFP. "S'il fallait relancer un secteur 'dynamique' de la confection, les importations massives de friperie seraient un obstacle total."

Il faut dire que les importations chinoises de textile à bas prix ont également mis à mal les velléités de construire une industrie locale. Déjà, le fameux wax, sublimement porté par les femmes sénégalaises, est fabriqué depuis des décennies en Hollande.