L'arrivée du coronavirus en Afrique donne un coup de pouce au paiement mobile

Alors que le mode de paiement via le téléphone portable connaissait un développement progressif sur le continent africain, la crise sanitaire fait apparaître de nouveaux utilisateurs.

Le paiement par téléphone pour les menus achats, déjà présent en Afrique, explose depuis la crise du Covid-19 (photo prise au Zimbabwe le 10 décembre 2019).
Le paiement par téléphone pour les menus achats, déjà présent en Afrique, explose depuis la crise du Covid-19 (photo prise au Zimbabwe le 10 décembre 2019). (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)

La technologie fait partie des domaines qui vont tirer profit de la crise liée au coronavirus. Il en va ainsi du porte-monnaie mobile (toutes les transactions accessibles grâce à un téléphone mobile ou une tablette) qui attire de plus en plus de nouveaux utilisateurs sur le continent africain.

Dakar, Sénégal. D'ordinaire, Penda Kande paie son taxi en espèces, mais depuis que le coronavirus a frappé le Sénégal début mars 2020, l'infirmière, âgée de 30 ans, est passée à l'argent mobile pour éviter la contamination. "Avec le virus, il est préférable d'utiliser Orange Money", explique-t-elle à Reuters, se référant au service d'argent mobile le plus populaire de ce pays d'Afrique de l'Ouest, proposé par le groupe de télécommunications français. L'un des représentants de l'entreprise sur place s'est d'ailleurs félicité d'une nette augmentation des abonnements.

Le paiement numérique encouragé à tous les niveaux

Les fournisseurs d'argent mobile à travers l'Afrique n'ont pas tardé à saisir la possible ampleur du phénomène face à la crise sanitaire liée au Covid-19, et ont décidé de l'encourager en diminuant ou en supprimant les frais de transaction. Dans leurs messages recommandant les gestes "barrière", les gouvernements encouragent eux aussi les paiements numériques pour réduire les contacts de personne à personne, et tâcher de ralentir la transmission et la propagation du virus.

Un engagement à se servir de l'argent mobile, reconnu depuis longtemps comme un moyen pour les personnes exclues du système financier formel – dont les femmes, les jeunes et les ruraux pauvres – d'accéder à des services tels que l'épargne et les prêts, de démarrer une entreprise et de recevoir des virements.

En Afrique de l'Ouest, où, malgré un important développement, l'argent mobile n'est encore utilisé que par environ un adulte sur quatre, les experts et analystes du secteur estiment que l'épidémie pourrait être une opportunité d'augmenter son utilisation et d'inclure plus de personnes dans l'économie numérique. "Je pense qu'il existe actuellement une sorte de déclenchement qui pourrait être saisi pour changer la donne", a déclaré Jill Shemin, consultante indépendante sur la finance numérique dans la région.

Surmonter l'impact économique de l'épidémie

Jusqu'à présent plusieurs freins comme le faible niveau d'alphabétisation, le manque de confiance dans le numérique et une nette préférence pour la monnaie sonnante et trébuchante, ont empêché le paiement digital de faire tache d'huile en Afrique de l'Ouest, selon le groupe de l'industrie des télécommunications GSMA qui représente les intérêts de centaines d'opérateurs dans le monde entier.

Dans les pays d'Afrique de l'Est, en revanche, tels que le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et même l'Ethiopie, depuis plusieurs années déjà, la banque mobile sert de paiement pour tout, des achats quotidiens au règlement des factures, en grande partie grâce au succès du service M-Pesa de Safaricom.

Au moment où le coronavirus pousse les gens à passer au numérique, les opérateurs facilitent les démarches, ressenties parfois comme des obstacles, comme la fourniture d'une pièce d'identité ou une preuve d'adresse. Ainsi, la banque centrale du Ghana a annoncé que tous les abonnés à la téléphonie mobile pouvaient ouvrir un portefeuille mobile et transférer jusqu'à 1000 cedis (170 $) par jour sans fournir de document supplémentaire.

Une inclusion financière qui reste à généraliser

Acquérir facilement un compte bancaire mobile est aussi un moyen de surmonter l'impact économique de l'épidémie, note Alfred Hannig, directeur exécutif de l'Alliance for Financial Inclusion, un réseau mondial de décideurs. Du côté des autorités, de nombreux gouvernements ouest-africains travaillent à la numérisation des paiements sociaux tels que les pensions et la couverture maladie. Un processus que la crise due au coronavirus devrait accélérer. 

Mais, alors que, en pleine pandémie, le paiement mobile représente une solution de sécurité lors d'échanges d'argent, le manque d'inclusion financière reste pour l'instant dans certaines contrées d'Afrique une barrière majeure, selon le groupe de réflexion du Center for Global Development dans un rapport publié début avril 2020.