Elections générales en Zambie dans un climat politique tendu

Jeudi 12 août, le pays d’Afrique australe élit notamment son président de la République. Le scrutin s’annonce serré entre le président sortant Edgar Lungu et son désormais habituel rival Hakainde Hichilema.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Les parades automobiles ont remplacé les meetings interdits pour cause de pandémie en Zambie. Les supporters du candidat de l'opposition unie, Hakainde Hichilema, ont ainsi défilé dans les rues de Lusaka, la capitale le 10 août 2021. (PATRICK MEINHARDT / AFP)

Les temps ont bien changé pour Edgar Lungu, dont l’étoile a sérieusement pâli depuis l’élection de 2016. Succédant à Michael Sata, mort en cours de mandat en 2015, Edgar Lungu a d’abord surfé sur la popularité de son prédécesseur. Pourtant sa réélection en 2016 était déjà très serrée. Depuis, "un climat de répression s’est installé", estime l’éditorialiste Deprose Muchena.

L’opposition a été muselée, et son chef de file Hakainde Hichilema a passé quatre mois en prison pour "trahison", juste après avoir contesté les résultats de l’élection présidentielle. Certains média, un peu trop indépendants aux yeux du pouvoir ont été fermés.

Elections sous tension

Cette fois, la campagne électorale s’est déroulée dans une curieuse ambiance, alors que les meetings étaient interdits pour cause de pandémie de Covid-19. Faute de salle, Hakainde Hichilema a fait campagne en voiture pour aller à la rencontre de ses sympathisants. Par crainte de débordements, l’armée a également été déployée.

Le président de la Zambie, Edgar Lungu, s'adresse à des journalistes lors d'une conférence de presse à Lusaka, le 8 novembre 2019. L'élection présidentielle du 12 août 2021 s'annonce particulièrement indécise. (SALIM DAWOOD / AFP)

L’opposition dénonce les méthodes d’intimidation du pouvoir et fait profil bas, les militants portant même parfois du vert (la couleur du parti au pouvoir), pour éviter les agressions de leurs rivaux selon l’AFP. "On ne se sent pas en sécurité. Il y a tellement d'intimidations", explique William Njombo, un militant, à l’AFP.
L’opposition craint aussi un certain "tripatouillage" des résultats, alors que les listes électorales ont été récemment mises à jour.

"HH" veut y croire

Hakainde Hichilema, surnommé "HH" ou encore "Bally", veut y croire. Eternel second, il a perdu toutes les élections depuis 2006 (six en tout). Mais à chaque fois le nombre de voix qu’il obtient est en progression. En 2016, 100 000 voix seulement le séparaient d’Edgar Lungu, dans un contexte d’abstention massive. Alors pourquoi pas cette fois ? D’autant qu’il est le candidat unique d’une coalition de onze partis.

Hakainde Hichilema salue les militants de son parti, l'UNPD, à sa sortie du commissariat central de Lusaka, le 23 décembre 2020. Une nouvelle fois arrêté, le leader de l'opposition a été relâché alors qu'une manifestation de soutien a fait deux morts. (SALIM DAWOOD / AFP)

"HH" est également un habitué des gardes à vue. Depuis qu’il est entré en politique en 2006, il a été arrêté une quinzaine de fois, et fait quelques séjours en prison. Cet enfant issu d’une famille pauvre qui surveillait le bétail dans sa jeunesse, selon sa biographie, est devenu un riche homme d’affaires.

Brillant élève, il obtient une bourse pour étudier à l’Université. Diplômé en économie, il a prolongé ses études en Angleterre. Il a commencé sa vie professionnelle dans l’immobilier, puis il a investi dans de multiples secteurs : la finance, l’élevage, la santé ou encore le tourisme.

L’économie en berne

Les difficultés économiques ont érodé le soutien à Lungu, accusé d'avoir emprunté de manière insoutenable pour financer des projets d'infrastructure tape-à-l’œil, alors que le coût de la vie montait en flèche. En novembre 2020, le pays s’est placé en défaut de paiement lors d’une échéance d’un emprunt de 42 millions de dollars, puis d’une autre de 56 millions de dollars, deux mois plus tard. La dette extérieure du pays est estimée à 27 milliards de dollars dont le tiers avec la Chine, selon des données de la Banque mondiale.

La chute du cours des matières premières a eu raison du fragile équilibre financier du pays. Huitième producteur de cuivre au niveau mondial, riche aussi de cobalt, d’or et d’argent, la Zambie peut se refaire une santé économique si l’activité industrielle mondiale repart. Il faudra aussi qu’elle restructure sa dette auprès du FMI, ce qui lui est pour l’heure refusé.
Le vainqueur de l’élection en recueillera les fruits.

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