Chauffeur assassiné, camions incendiés, terreur sur les routes d'Afrique du Sud

Un chauffeur routier a été tué par balles et un autre blessé. Une trentaine de camions ont été incendiés ces derniers jours, lors d'un mouvement de routiers qui réclament la préférence nationale à l'embauche.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un camion en flamme sur une route nationale d'Afrique du Sud, le 25 novembre 2020, lors d'une manifestation de conducteurs. (EWN Traffic)

La préférence nationale est au cœur d'un mouvement de chauffeurs routiers en Afrique du Sud. Ils accusent les employeurs d'embaucher des étrangers moins bien payés. Mais le mouvement de blocus a dérapé, entraînant la mort d'un chauffeur tué par balles. Une trentaine de véhicules ont été incendiés, selon un décompte de la presse.

Un chauffeur tué

L'affaire la plus dramatique s'est déroulée non loin de Johannesburg. La police est intervenue le 23 novembre au soir, alertée pour un camion en flamme. Sur place, elle a découvert deux camionneurs gisants sur le bas-côté, atteints par balles. L'un était déjà mort à l'arrivée des secours, l'autre a été transporté à l'hôpital, saignant abondamment. L'homme blessé serait un ressortissant zambien, selon l'African Diaspora Forum qui regroupe des associations de migrants en Afrique du Sud. En revanche, on ne sait pas si les attaques visent particulièrement les conducteurs étrangers.

Le même soir, un autre chauffeur a été victime d'une attaque menée par trois hommes toujours dans la même région. Il a pris la fuite alors que les hommes tiraient sur le camion, puis y mettaient le feu. La police elle-même reconnaît un pic des attaques de camions, et a annoncé consacrer le maximum des moyens de la province pour y mettre fin.

La préférence nationale en question

Ces agressions interviennent alors qu'un lourd contentieux oppose les transporteurs et les chauffeurs routiers depuis plusieurs années. Ces derniers reprochent aux employeurs d'embaucher des conducteurs étrangers, au détriment des Sud-Africains.

Selon une association de chauffeurs, la All Truck Drivers Forum and Allied South Africa, qui a lancé une opération de blocus des routes, les entreprises de transport ne veulent pas se plier aux conventions collectives. Elles préfèrent des chauffeurs étrangers, car "ils leur coûtent moins cher, travaillent comme des esclaves durant de longues heures et ne peuvent pas se plaindre."

("J'ai réchappé de justesse à des incendiaires de camion" : au petit matin sur la route reliant Middleburg à Johannesburg, un conducteur de 33 ans a échappé à la mort après avoir été attaqué par des individus sur la route N12, où un camion a été incendié.)

De leur côté, les transporteurs en appellent au président Ramaphosa pour débloquer une crise qui dure depuis trois ans. Trois ans de "réunions sans fin" qui n'ont débouché sur rien, selon la Road Freight Association. Elle demande une intervention du président avant que "les citoyens ne prennent leurs dispositions afin de protéger leurs employés, leurs outils et la pérennité de leur activité".

De l'huile sur le feu

La préférence nationale est un débat récurrent et souvent très violent en Afrique du Sud, comme ce fut le cas en 2019 lors d'émeutes raciales. A chaque fois, le manque de travail, des ressources très faibles, des logements précaires, poussent des citoyens à des exactions contre des étrangers installés dans le pays.

Si la position des associations de chauffeurs n'est pas ouvertement xénophobe, elle souffle sur des braises qui s'enflamment facilement. D'autant que pendant ce temps, des pillages de magasins tenus par des étrangers se sont déroulés à Durban.

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