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Changement climatique en Afrique : des conséquences très différentes d’une région à l’autre

La question climatique a été éclipsée par la pandémie, mais elle reviendra d'autant plus forte qu’elle est une menace aussi grave et de long terme.

Article rédigé par franceinfo Afrique
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Les glaciers du Kilimandjaro (5 900 mètres), à la frontière entre le Kenya et la Tanzanie, pourraient disparaître avant 2040. Parc Amboseli (mars 2007). (MICHEL & CHRISTINE DENIS-HUOT / BIOSPHOTO)

Les scientifiques s’attendent à ce que la fréquence et l’intensité des sécheresses s’accentuent en Afrique du Nord et en Afrique australe. Les ressources en eau, on le sait, sont vitales pour l’alimentation, la santé, l’agriculture, et même pour le tourisme et l’industrie. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) prévoyait dès 2014 une diminution des précipitations annuelles dans les régions sèches du nord et du sud de l’Afrique et leur augmention dans les zones humides d’Afrique orientale et centrale. La journée mondiale de l’eau qui a eu lieu le 22 mars 2021 nous donne l’occasion d’y revenir.

Menaces sur l'Afrique du Nord et australe

Selon le Giec, les précipitations moyennes annuelles pourraient encore diminuer de 20% le long des côtes de la Méditerranée et jusque dans le nord du Sahara, comme on peut déjà le constater certaines années au Maroc ou dans le Sud algérien. Cette rareté de l’eau dans les zones arides s’accompagne d’une érosion des sols et d’une perte de végétation qui met à mal l’économie pastorale. Cela exacerbe les conflits pour le partage de l’eau entre agriculteurs et éleveurs et demain entre les villes et les campagnes. Avec le risque d'une intensification des déplacements des populations.

En Afrique australe, on constate également un retard de la saison des pluies au début de l'été, un phénomène qui pourrait encore s'aggraver dans les prochaines décennies. Les scientifiques prévoient que les températures augmenteront de quatre degrés en Namibie, au Botswana et en Zambie. Un peu plus haut sur le continent, les glaciers du Kilimandjaro en Tanzanie et du Mont Kenya se réduisent déjà à vue d'œil. Ce qui modifie les débits de l'eau en aval, avec des conséquences pour l'hydroélectricité et l'agriculture. Rappelons que les grands fleuves de l’est du continent – Congo,  Zambèze, et Nil – naissent sur le grand plateau de l’Afrique australe et se renforcent dans la région sud-équatoriale des Grands lacs.   

Augmentation des pluies au Sahel et en Afrique centrale

Il y a aussi quelques "bonnes nouvelles" avec le retour des pluies observé ces dernières années sur le centre et l'est du Sahel. Le phénomène pourrait, selon le Giec, se poursuivre au long du 21e siècle, le réchauffement de l’océan entraînant plus d’humidité dans le centre du Sahel et une mousson ouest-africaine plus intense.  

"Les épisodes de précipitations extrêmes deviendront très probablement plus intenses et plus fréquents dans les régions tropicales humides, à mesure que la température moyenne à la surface du globe augmentera"

Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat

dans un rapport

La pluviométrie devrait également augmenter en Afrique tropicale et orientale d’environ 7%, même si les changements ne seront pas uniformes. On a pu constater en 2020 des pluies anormalement abondantes sur la Corne de l'Afrique qui ont contribué aux conditions de chaleur et d’humidité parfaites pour la reproduction des criquets pèlerins qui ont dévasté la région.

D’autant que l’augmentation des températures s’accompagne d’une baisse des rendements agricoles. Ces dernières années, les rendements des cultures de base comme le maïs, le blé et le sorgho, et des cultures fruitières comme les mangues, ont diminué dans toute l’Afrique, aggravant l’insécurité alimentaire.

Si les pays africains n’émettent aujourd’hui qu'à peine 5% des émissions mondiales de carbone, ils en émettront, en raison de la forte croissance démographique, la moitié en 2035. Si la responsabilité première de la lutte contre le changement climatique incombe aux pays industrialisés, les pays africains devront suivre.

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